En voyant le luxe hollywoodien qui entoure les mariages auxquels nous sommes conviés aujourd’hui, il m’arrive souvent de penser que ce sont Kate et William de Cambridge qui m’ont invité et non Yossi et Sarah de Hadera. Le magnifique jardin de réception, le buffet et ses saveurs exquises, le (ou les) photographe(s) armé(s) des appareils les plus modernes, l’orchestre, les fleurs, les alcools, les robes et costumes, les feux d’artifice et j’en passe. De vraies ‘noces d’argent’ ! S’il est vrai qu’une fois n’est pas coutume et que ce mariage est censé rester gravé dans la mémoire des invités (permettez-moi malgré tout d’en douter), les dépenses d’une soirée justifient-elles la liquidation d’une épargne de plusieurs années, pis encore d’un argent emprunté par les parents pour financer un tel projet, pis encore celui d’un jeune couple qui commence sa vie par un mariage qui rend son compte bancaire déficitaire ?!
Mais cela ne reflète qu’un côté de la pièce, et à mon sens, le moins grave. Lorsque les futurs époux ont choisi la magnifique salle de réception ou le traiteur disciple de Paul Bocuse, ils n’ont en rien demandé l’avis de leurs invités (ou plus exactement ceux de leurs parents respectifs, car ce sont les parents qui invitent, n’est-ce-pas, ce que du moins je lis sur la carte d’invitation). Les convives, bon gré mal gré, se retrouvent dans l’obligation de financer la majeure partie de la fastueuse soirée, sinon de sa totalité. De plus, s’ils ne signent pas un chèque digne de l’endroit, ils risquent de passer pour l’affreux Harpagon de Molière. Que dire encore si vous recevez une telle invitation au moins une fois par semaine entre Tish’a Beav et Souccoth, époque préférée de l’année pour se marier ?! Le comble de l’absurde est que j’entends souvent dire de la part des invités : ‘Encore une invitation ! Encore un chèque ! Comment allons-nous faire pour ne pas être en déficit à la fin du mois ?!’ Certains vont même jusqu’à jauger (et juger) si le montant du chèque correspond bien aux services reçus. D’autres encore considèrent la somme reçue comme un prêt et la rendent scrupuleusement à la première occasion, car bien entendu le raz-de-marée ne s’arrête pas seulement aux mariages : Brith mila, Zeved habath, Bar et Bath Mitsva ne font pas exception.
S’il est vrai que cet usage est basé sur la noble intention de permettre à tout couple de se marier, le courant l’entraîne et le mène à la dérive. Jusqu’à présent, à part dans quelques cercles très fermés, tous ceux qui se sont élevés contre cette pratique ont été balayés par la norme établie, tel un fétu de paille et même le couple qui refuse de se conformer à cette règle a du mal à résister à la pression sociale.
Est-il logique de croire que la Mitsva de réjouir le Hatan et la Kala soit fonction de la somme d’argent dépensée pour cette même soirée ? Peut-on en toute décence penser que les parents veulent honorer leurs invités par un tel luxe ? Est-il normal de peser le pour et le contre avant de répondre à toute invitation en disant : « Pouvons-nous nous le permettre ? »
Malheureusement, cette force nous entraîne dans un tourbillon de plus en plus puissant car pour l’heure, il est possible d’être roi pour un jour. Qui ne le désirerait pas ?
Shabbat Shalom
Yaakov Levi
Rav Moshav Revaya