Depuis sept ans maintenant, la date de Ticha Beav nous ramène à un autre événement douloureux de l’histoire de notre peuple : l’expulsion des familles du Goush Katif. Le 15 août 2005, 10 av 5765, ce sont 8000 personnes, soit environ 1700 familles qui ont été contraintes de quitter leur lieu de vie. Les images déchirantes de cette évacuation sont à jamais gravées dans la mémoire populaire israélienne.
Mais surtout, cette date est l’ouverture d’une plaie qui n’est pas encore fermée chez les personnes expulsées. Nous avons interrogé l’une d’entre elles, Laurence Baziz, qui fait en quelque sorte office de représentante de ces familles.
Le P’tit Hebdo: Sept ans après, que ressentez-vous ?
Laurence Baziz: Pour tous ceux qui ont vécu dans le Goush Katif et au-delà tous ceux qui l’ont aimé, la cicatrice est toujours ouverte. Le peuple d’Israël a perdu une partie de son patrimoine. Ce qui fait encore plus mal, c’est de voir que tout cela n’aura servi à rien : le terrorisme s’est amplifié et rien de positif n’est sorti de ce désengagement.
Lph: Où en sont les familles expulsées sur le plan du logement ?
L.B: Plus de la moitié n’ont pas encore retrouvé de logement digne de ce nom. Sur les 1700 familles du Goush Katif, 35% sont dans une véritable maison, les autres sont encore en attente d’autorisations, de finition de chantiers ou sont même encore dans des caravanes sans réelles perspectives.
Lph: Avez-vous perçu les indemnités promises par le gouvernement ?
L.B: Le plan de compensation reposait sur trois paramètres : le nombre d’années de résidence dans le Goush, le travail exercé et la maison selon sa superficie. Dès le départ, il était évident que la somme prévue pour ces indemnités ne suffirait pas. Quand les premiers fonds ont été versés, ils ont été utilisés pour parer aux soucis de la vie quotidienne. Ce qui a été promis a bien été versé mais cela ne suffit pas.
Lph: Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous avez dû faire, ou faites encore face ?
L.B: Le désengagement a été à la source de nombreux problèmes. Sur le plan du logement, je l’ai évoqué, mais aussi sur le plan professionnel : beaucoup d’agriculteurs n’ont pas pu reconstruire leur serre. Les premiers temps, les familles ont traversé des crises, il fallait se reconstruire et remotiver une jeunesse abasourdie et traumatisée. Alcoolisme, absentéisme scolaire, nous avons tout connu.
Mais nos jeunes ont grandi avec des valeurs fortes, ce qui les a aidés à rebondir assez rapidement finalement. Tout cela s’arrange mais la douleur et le traumatisme restent. Nous appartenons au peuple juif, un peuple qui souffre mais qui sait surmonter tout en gardant la mémoire de son histoire. Nous appartenons aussi à la société israélienne et à ce titre nous donnons le meilleur de nous-mêmes.
Lph: Malgré tout cela, on ne vous entend pas vraiment crier et réclamer. Pourquoi ?
L.B: Nous avons un lobby à la Knesset qui a été assez puissant. Nous sommes une population qui a toujours été habituée à travailler, à vivre par nous-mêmes. Il nous a été difficile de passer dans la position de demandeur, de comprendre qu’il nous fallait réclamer. Toute cette lutte pour empêcher le désengagement, pour limiter les dégâts après, nous a usés. Nous devons combattre sur tous les plans pour restructurer nos vies, nos communautés, nos familles. Notre énergie nous l’employons à cela, à faire fleurir et à peupler d’autres endroits de notre terre d’Israël, comme la Galilée ou le Neguev.
Lph: Vous travaillez au Merkaz Katif à Nitsan. Qu’est-ce ?
L.B: C’est un centre qui accueille des visiteurs et où l’on raconte l’histoire des trente-cinq dernières années du Goush Katif. À la base c’est une initiative privée à but non-lucratif. Puis nous avons reçu une autorisation gouvernementale, et le Merkaz Katif est maintenant sous l’égide du Premier ministre. La loi qui nous régit prévoit que le centre joue un triple rôle : un centre de visiteurs, un centre de recherche universitaire et un centre d’archives. Nous exposons des photos, des tableaux, nous présentons des films et des témoignages apportés par des expulsés qui viennent raconter leur histoire.
Toutes les personnes qui y travaillent sont des anciens du Goush Katif. Notre but est de montrer la réalité de ce que vivent les familles qui y résidaient. Nous emmenons aussi nos visiteurs voir les maisons qui se reconstruisent, nous tenons à donner une note d’espoir dans toute cette histoire.
Lph: L’espoir, c’est aussi celui de revenir un jour dans le Goush Katif ?
L.B: Nous devons maintenant nous concentrer sur notre reconstruction. Nous devons aussi être vigilants par rapport aux décisions gouvernementales qui s’apparentent à l’expulsion du Goush Katif. Nous craignons toujours que le gouvernement ne soit pas assez fort pour renoncer à d’autres expulsions. Personnellement, je pense que si nous revenons un jour, cela ne doit pas être uniquement un projet personnel mais bien un projet à l’échelle du peuple juif. Le peuple d’Israël doit avoir cette soif, c’est le plus important, cela doit être notre espoir.
Merkaz Katif
Ouvert du dimanche au jeudi de 9h à 15h30
Pour des visites en français: laurence@merkazkatif.co.il