L’agonie programmée de Kadima
| Par Daniel Haïk, |
No 25 juillet 2012, Politique
Le parti Kadima est né dans le scandale. Il agonise dans la dérision. Et toutes les tentatives pathétiques de justifications de son leader Chaoul Mofaz n’y changeront rien. Analyse sur l’irréversible effritement d’une formation sans colonne vertébrale idéologique.
Avant de quitter en 2005 le Likoud qu’il avait lui-même fondé, Ariel Sharon avait longtemps hésité. Il savait que l’histoire politique d’Israël ne pardonnait pas à ceux qui osaient se scinder de leur parti de souche. Ben Gourion lui-même en avait fait l’expérience en 1965 en créant l’éphémère Rafi. Mais Sharon savait aussi qu’il serait le premier chef de gouvernement en exercice à provoquer une telle scission. C’est donc persuadé d’avoir la baraka politique, qu’il avait créé le 20 novembre 2005 Kadima. Dans sa perception de la société israélienne, Sharon avait estimé qu’il y avait désormais une place pour une formation centriste, prônant un véritable pragmatisme politique. De prime abord, la réalité lui avait donné raison : Kadima a été le parti au pouvoir entre 2006 et 2009, avant de rester jusqu’à ces derniers jours la plus importante formation politique d’Israël avec ses 28 députés. Mais tout cela n’était qu’illusion et poudre aux yeux. Car sur toute la ligne, Kadima s’est mépris. Sur le plan politique, le parti centriste a d’abord prêché, en 2006, en faveur de la « Itkansout », du repli unilatéral d’Israël à l’intérieur de ses frontières. La guerre du Liban lui a prouvé qu’il s’était trompé. Ensuite, Kadima a défendu, en 2007 à Annapolis, le principe de deux États pour deux peuples, principe qui a conduit les deux parties vers l’impasse actuelle dans le processus de paix. Enfin, en novembre 2008, la realpolitik de Kadima a lamentablement échoué lorsque Mahmoud Abbas n’a même pas daigné répondre à la stupéfiante proposition de règlement d’Olmert. Sur le plan éthique, Kadima prétendait instaurer de nouvelles valeurs dans la vie politique israélienne. Au lieu de cela, la direction du parti est devenue un véritable repère de repris de justice d’Olmert à Hirchzon en passant par Ramon et Hanegbi. Mais surtout, ce qu’un des dirigeants de Kadima, Méїr Chitrit, avait considéré comme l’atout majeur du parti, à savoir son absence avouée de socle idéologique, s’est transformé au fil des ans en un terrible handicap. Car depuis la guerre du Liban en 2006, de plus en plus d’Israéliens ont compris le danger représenté par cette aspiration à fuir toute ligne idéologique. Ils ont compris qu’il ne pouvait y avoir de place, dans un État d’Israël dont l’existence reste menacée, pour une formation débarrassée de tout « fardeau idéologique ». En réunissant sous un même toit, travaillistes et nationalistes, Kadima donnait l’impression d’avoir trouvé la formule magique pour rassembler. De facto, il a révélé son inconsistance et le vide idéologique qu’il véhiculait. Dans une telle perception, le succès de Kadima aux élections de 2009 ne pouvait s’expliquer que par la désertion du leadership travailliste de l’époque. Dans un électorat israélien glissant progressivement vers la Droite, les électeurs travaillistes s’étaient naturellement plus identifiés avec le message libéral de Livni qu’avec celui de Barak.
De telle sorte que quasiment depuis sa création et certainement depuis l’arrivée de Nétanyaou au pouvoir en 2009, Kadima est une formation politique en sursis. Le Premier ministre a depuis longtemps compris qu’un seul dénominateur commun intéressé maintenait un semblant de cohésion dans Kadima : le souci de nombreux députés anonymes de conserver leur fauteuil à la Knesset. Il a donc tenté d’en séduire quelques-uns. Sans succès. L’élection à la présidence de Chaoul Mofaz perçu et surtout son incapacité à propulser sa formation vers le haut dans les sondages, ont enclenché le processus d’autodestruction de la formation centriste. C’est parce qu’il savait que Kadima n’avait plus de raison d’être, et non parce qu’il était devenu le chevalier de l’équité sociale, que Mofaz a accepté en mai d’entrer dans la coalition gouvernementale. S’il avait un minimum de jugeote politique, il aurait ravalé son orgueil lorsque Binyamin Nétanyaou lui a soumis, la semaine dernière, le projet de réforme de la loi Tal concocté par Moché Yaalon. Mais Mofaz a prouvé une fois de plus que l’on pouvait être un bon chef d’état-major et un piètre politicien. En démissionnant du gouvernement, il est irrémédiablement devenu le fossoyeur de son propre parti. Quant à Ariel Sharon, il n’est pas impossible, aussi surprenant que cela puisse paraître, qu’il survive finalement à son ultime défi politique…