La scène se passe au kikar de Netanya. Quatre copains sont assis à une terrasse de café, sirotant leur anisette.
Maxxo
- Alors Guigui, on ne t’a pas vu depuis une semaine. Comme ça tu oublies tes copains ?
Guigui
- Qu’est-ce que tu veux mon vieux, mon fils de Sarcelles m’a envoyé ses trois moutards pour les vacances. Avec Solange, on devient fou avec ces mômes. Ils n’en font qu’à leur tête. Je suis sur les genoux. Je me suis sauvé de la maison pour venir prendre l’apéro avec vous.
Polo
- Ton fils n’envisage pas de faire son Alyah avec ce qui se passe en France ?
Guigui :
- Écoute, mon ami. Ce n’est pas avec les salaires de misère qu’on gagne en Israël qu’il pourra élever ses trois enfants. En France, on a au moins les alloc et les réductions famille nombreuse.
Thierry
- Alors ton fils reste en France pour les alloc ?
Maxxo
- Thierry, tu fais de lachon hara. Et toi, tes enfants, ils sont en Israël ?
Thierry
- Non ! L’aîné vit aux États-Unis, le second au Brésil et la fille est au Canada. Je suis monté avec ma femme seulement.
Guigui
- Ah, ah ! Des vrais sionistes, quoi ! Alors avant de faire la leçon aux autres, regarde un peu dans ton assiette !
Polo
- Ça va, les amis, vous n’allez pas vous disputer. On se croirait à la Knesset.
Guigui à Maxxo
- Et toi ton petit-fils, toujours à l’armée ?
Maxxo
- Oui, il finit dans quelques mois. Mon second petit-fils vient également de rejoindre Tsahal. Il veut entrer dans une unité d’élite, comme ses copains. Et la fille suivra l’an prochain.
Guigui
- Tu dis ça pour mon fils ?
Maxxo
- Pas du tout ! Les Juifs qui restent en galout, c’est leur choix ! Je ne juge personne.
Mais je veux dire que chez moi, on fait tous l’armée et les guerres. Moi, j’ai fait deux guerres pour défendre et protéger aussi les Haredim qui ne veulent pas servir le pays. C’est une honte, cette histoire. Mes enfants aussi sont religieux et ils passent trois ans à l’armée, toujours volontaires et fiers de porter l’uniforme. Moi, je suis pour l’égalité de tous les citoyens, la conscription pour tous. D’ailleurs ici, au kikar, tu discutes : on est tous d’accord sur le sujet.
Polo
- Maxxo, tu parles comme les lecteurs de Haaretz ! Tu es devenu smolani ?
Thierry
- Pourquoi tu dis ça ? Tu n’es pas d’accord avec lui ? Je remarque qu’en Israël, chaque fois qu’on dit une vérité on est traité de « smolani ». J’ai fait mon Alyah il y a cinq ans seulement, mais quand l’été dernier j’ai raconté que j’ai participé, par conviction, aux grandes manifestations contre les injustices sociales, on s’est moqué de moi et on m’a traité de « smolani », de vendu aux gauchistes, de nouvel immigrant manipulé par les forces de gauche. Ça m’a beaucoup choqué.
Polo,
- Toi, tu es resté très « francaoui » comme on disait en Algérie. Tu en verras bien d’autres ici et il faudra que tu apprennes à te « blinder » si tu veux pouvoir vivre dans le pays. Ici, la politique, c’est magouille et compagnie. Plus tu magouilles, plus tu fais des coups tordus et plus tu arrives.
Thierry
- Alors, c’est comme on dit en France « tous pourris » !
Polo
- Si tu veux, c’est presque ça ! Seulement, ici, on est entre nous !!!
Maxxo
- Faut pas parler politique, on finit toujours par s’engueuler. Vous avez vu nos sportifs défiler avec notre drapeau en tête ? J’en avais les larmes aux yeux. Allez les amis, je parie pour une médaille et si nous l’obtenons, je vous paie l’apéro !
Thierry, Guigui et Polo en chœur
- Chiche !
Gisèle NINIO-GRYNBERG