Orot HaTechouva, les Lumières du Revenir, déferlent telles les vagues de l’astre solaire en un rugissement incessant, dans une lutte bouleversante, donnant vie à une multitude de mondes – et une infinité d’êtres. Apparemment séparés de leur source, des univers innombrables sombrent dans l’abîme de la Création, mais tout est régi par la Techouva, le monde de la Bina, du discernement et de la connaissance de Dieu. Aussi, tout finit-il par se relier à la plénitude divine, tout revient à l’Être divin qui veut octroyer l’être à autre que soi, dans un geste moral de générosité absolue. Chaque Juif a le devoir de s’y engager, de le vouloir et de se donner les moyens de le pouvoir, participant ainsi au salut collectif de la Communauté d’Israël et à l’accomplissement du projet de notre Créateur.
Le Rav Kook nous présente un aspect de la Techouva sensiblement différent de celui convenu traditionnellement. En général, elle est présentée comme un acte réparateur a posteriori de la faute. L’homme devrait préférer ne jamais pécher, mais il n’existe pas sur terre d’homme impeccable, errare humanum est, l’erreur est humaine : cet acte réparateur s’impose afin de restituer la situation précédant la faute. La Techouva est considérée comme une thérapeutique de la faute, un antidote de l’écart par rapport à la norme. S’il n’en était qu’ainsi, il est difficile de comprendre le dire de nos Sages du Talmud Pessa’him (54a) : « La Techouva a précédé les mondes », de même que la Torah ou l’avènement messianique et d’autres choses encore, ce qui lui confère une dimension originelle pré-universelle, avant même que toute faute n’existât.
Puisant dans les concepts ésotériques de la Tradition inspirée, le Rav Kook affirme que la Techouva est la structure même de l’Histoire et des mondes. Pourtant, le monde a été créé et il s’est brisé par la « brisure des vases », le réduisant au tohu-bohu, au désordre, où mal moral – l’instinct du mal, fondu avec mal cosmique – la souffrance, sévissent. La chute des mondes est un décalage au projet divin. Un abysse énorme sépare le monde du schéma directeur de créer l’homme idéal du Jardin d’Eden, à l’image de Dieu. Cet abîme terrible qui sépare le monde actuel du projet divin n’est évidemment pas le résultat d’une faiblesse divine ! Le hiatus entre monde du projet divin et ce monde apparu, très décalé par rapport au projet lui-même, fait aussi partie du projet divin, afin que les mondes reviennent en ascension continue.
Propos transcrits et adaptés par Michel Amram
roberdhaygalerie@gmail.com