Impossible d’évoquer le phénomène »call center » en Israël sans donner la parole à ceux qui le vivent au plus près et au quotidien : les employés.
Quelques-uns d’entre eux nous livrent leurs sentiments sur leur travail actuel. Nous avons aussi jugé intéressant de montrer ce qu’ont pu devenir des personnes ayant quitté ce métier pour un autre.
LES ACTUELS
Gérald Seban
1) J’ai suivi une formation commerciale (BTS Force de ventes) et j’ai toujours été commercial en France. Avant de faire notre Alyah, j’ai aussi travaillé dans le milieu associatif de la communauté juive de Toulouse, car j’éprouvais le besoin de retrouver mes racines et mon identité juives. Après la période de l’Oulpan, j’ai tout de suite intégré un groupe informatique français qui délocalisait sa force de vente en Israël. Puis, j’ai eu l’opportunité d’intégrer une société française qui travaille dans le secteur du tourisme.
2) Le fait de travailler dans une ambiance juive, jeune et dynamique est un aspect positif important de mon travail. Les collègues en Israël deviennent très vite plus que des collègues, et nous tissons des liens d’amitié très forts entre nous, francophones Israéliens. Et quoi de plus beau que de faire une pause pour aller prier Minha ou Arvit sur son lieu de travail ? Il est aussi possible d’aménager les horaires de travail, ou de travailler à son domicile si l’activité et l’employeur le permettent.
3) Rires… J’entends cela depuis que je travaille en Israël ! Tout d’abord je répondrais que cela est vrai… mais il ne faut pas nous voiler la face : Nous sommes des francophones Israéliens pour toujours. Comment voulez-vous que nous effacions notre éducation française, notre langue maternelle ? Même si nous tendons au fil des ans à devenir de plus en plus Israéliens dans notre vie de tous les jours.
Je le pense et je le dis, mon point fort n’est pas l’hébreu : pourquoi s’obstiner à obtenir un poste en hébreu pour faire »l’intégré parfait » alors que nous avons de nombreuses sociétés françaises sérieuses en Israël aujourd’hui (contrairement à hier).
De plus, de nombreuses sociétés israéliennes ont besoin de personnes francophones. Nous francophones israéliens perdons un peu dans le domaine de la carrière professionnelle, mais l’important est de miser sur l’éducation de nos enfants qui eux, seront Israéliens, intégrés et construirons l’avenir de notre grand pays avec l’aide d’Hachem.
Yaacov Michael Berrebi
J’ai d’abord été professeur de kodesh, puis j’ai travaillé dans la rénovation d’appartements, avant d’intégrer un call center.
Parmi les aspects positifs, je retiendrais la flexibilité des horaires. Mais surtout la possibilité de gagner beaucoup plus que le SMIC israélien. Enfin, je pense que ce type de travail permet de développer d’importantes facultés telles que la confiance en soi, la force de vente et le savoir convaincre pour ne plus se laisser faire.
Le travail n’est pas tout dans la vie. Il y a la vie en dehors : chiourim, tefila, hessed, ses voisins et mille autres choses que l’on fait en hébreu.
De plus, les call center ne sont pas les seuls métiers dans lesquels on ne parle que français.
Stéphanie Athlan
Je me suis occupée de mes enfants pendant six ans.
J’apprécie le rapport téléphonique agréable avec les clients (la politesse française…), le dialogue plus ou moins ouvert et la possibilité d’horaires plus souples pour les enfants.
Peut-être mais non, car une fois sorti on se retrouve plongé dans sa belle terre, on l’aime encore plus et on a encore plus envie de parler hébreu. C’est comme si je prenais l’avion et que je faisais mon Alyah chaque fin de journée et chaque jour : j’ai envie d’embrasser le sol et de dire merci à Hachem.
Yair Mimouni
1) De formation Ingénieur en Informatique, j’ai toujours été attiré par la vente. Déjà en France, j’avais gravi de nombreux échelons jusqu’à celui de Responsable de secteur avec en charge une belle équipe commerciale. J’ai fait mon alyah en 1997, j’ai mené différentes missions, techniques et commerciales à Jérusalem. Comme beaucoup de francophones, j’ai dû tout recommencer depuis le début : commercial sédentaire, superviseur et aujourd’hui Directeur commercial.
2) – Faire fructifier mon entreprise au maximum,
- Trouver de nouveaux marchés pour améliorer le salaire de mes commerciaux,
- Offrir un emploi dans la langue française aux Olim Hadashim.
3) Travailler dans le monde francophone est pour moi un privilège, pas une fatalité. Après avoir travaillé dans de nombreuses entreprises israéliennes, j’ai remarqué que collaborer avec des personnes de même culture est plus productif et agréable.
LES ANCIENS
1) Pourquoi avez-vous quitté votre emploi ?
2) Que faites-vous aujourd’hui ?
3) Dans quelle mesure votre expérience du call center vous sert-elle dans votre nouvel emploi ?
Netanel Ben-Yaakov
1) J’ai travaillé pendant trois ans dans un call center comme commercial, et très vite je me suis trouvé dans une certaine routine. J’ai profité de mes dimanches pour envoyer des CV et passer des entretiens. Et puis un jour, j’ai reçu une proposition intéressante.
2) J’ai intégré une entreprise israélienne en tant que chef de projet. Au départ la transition n’a pas été facile, travailler en hébreu dans un nouvel environnement était un véritable challenge. En dehors de mes heures de travail, j’ai suivi un oulpan. Mes collègues israéliens m’ont littéralement guidé les premiers temps. Pour l’anecdote, je me souviendrai toute ma vie de mon premier compte-rendu de réunion, après l’avoir fait corriger par la secrétaire il était tout rouge ! Aujourd’hui B »H les choses sont rentrées dans l’ordre.
3) Le call center m’a énormément appris. Sur le plan professionnel, j’ai pu développer la persévérance, la ténacité, l’écoute et l’humilité. Avoir des idées dans le monde du travail, mais ne pas savoir les »vendre », c’est comme posséder une voiture sans avoir le permis. Sur le plan humain, j’ai appris la émouna : וישא ויתן באמונה comme le mentionne le Choul’han ‘Aroukh (OH 156, 1). La vente dans un call center est le meilleur moyen de se rapprocher d’Hashem ; en effet chaque mois on repart de zéro ! Avec un peu de recul, l’apprentissage de l’hébreu est véritablement le facteur déterminant. Pendant ces trois années, je remercie Hashem d’avoir pu nourrir ma famille et vivre décemment. Il ne faut pas »rougir » en entrant dans un call center, c’est un métier comme un autre. L’important est d’être ici en Israël.
Maxime Seligman
1) J’ai quitté mon emploi d’agent téléphonique pour passer au département marketing de la même société, puis à un projet novateur dans le tourisme. Cette évolution m’a permis d’apprendre un vrai métier, porteur sur le marché de l’emploi israélien. Cette transition a été un soulagement car je travaillais dans l’un des meilleurs Call center du pays, mais le travail était fait de redondances permanentes et de remises en question chaque début de mois. Je me considère chanceux d’être sorti de ce monde du téléphone vissé sur la tête par la grande porte, et c’est une chance dont je remercie tous les jours notre Créateur.
2) Je travaille pour différentes sociétés afin de les aider à comprendre comment utiliser le média Internet à leur avantage. Mon objectif est de travailler sur l’image de marque des sociétés, par une mise en relation directe avec les clients qui leur correspondent le mieux. J’ai décidé également de me mettre au service des structures d’intégration francophones pour les aider à construire une identité autour des Yéshivot et des Universités de notre beau pays.
3) Le call center vous enseigne indéniablement la rigueur : les appels, le suivi, les formations dans des domaines pointus. Cela apprend à se créer une série de règles qui améliorent votre performance. Le point le plus important est sans aucun doute la patience. La patience d’écouter permet de mieux comprendre et d’apporter la solution adaptée ; c’est aussi cette patience qui vous permet de savoir sur quel point sensible agir pour vendre. Bref si « savlanout » est le mot d’ordre israélien, mon expérience m’a certainement apporté son sens profond. Un conseil : persévérez.