Souvent, par un abus de langage, on entend dire dans la bouche des habitués, ‘ma synagogue’, ‘notre synagogue’, ce qui fait du lieu de prière un genre de domaine privé dans lequel la personne de passage ne mérite que le titre d’observateur. Parfois justement, parce que ce dernier ignore tout des antécédents de la synagogue et de ses fidèles, de leurs us et coutumes, parfois injustement, quand il entend : « Cet homme est venu pour séjourner, et maintenant il se fait juge ! » (Gn. 19, 9).
En fait, ‘notre synagogue’ ressemble au point central d’une figure autour duquel se forment des cercles concentriques de plus en plus éloignés. D’abord, le cercle des fidèles quotidiens, ensuite ceux du Shabbat, des fêtes, de Yom Kippour, de la Ne’yla. Plus éloigné encore, celui de ceux qui ne viennent jamais, ou presque jamais, parce qu’ils voudront malgré tout prononcer la bénédiction du Gomel, ou assister à une Hazkara.
Et puis, il y a ceux qui rencontrent les habitués de la synagogue, mais en dehors de ses murs, par exemple lors d’une ‘Hanoukath Habayit (Inauguration d’un appartement ou d’une maison) ou d’une Hiloula. À ces différents cercles, j’ajouterai encore celui des personnes qui n’assistent, de près ou de loin, qu’aux quatre moments importants de la vie d’une famille juive : la Brith-mila (ou Zeved Habath), la Bar ou Bath-Mitsva, le mariage et l’enterrement.
Pour être plus précis, même si ce cercle s’éloigne de plus en plus du point central, il n’est composé que d’un seul et même trait, ce qui me fait dire que, même si un point est très éloigné de l’autre, tous deux se trouvent toujours sur la même ligne. En d’autres termes, » כל ישראל ערבין זה בזה : tout Israël est solidaire l’un de l’autre », et ce sont des occasions uniques pour faire connaître la Synagogue à des personnes ignorant tout de son univers et pour qu’ils s’y sentent à l’aise. Si les habitués se préparent longtemps à l’avance à l’une de ces cérémonies et suivent un rituel connu depuis la nuit des temps, le problème se pose pour les familles qui avancent à tâtons lors de ces mêmes occasions. Il s’agit pour les habitués de leur tendre l’oreille… et la main, afin de leur offrir un accueil courtois et agréable, le tout enveloppé d’une délicatesse et d’un doigté digne d’un ambassadeur. Ce n’est pas chose aisée et les administrateurs de la communauté (y compris le rabbin) n’ont pas toujours été formés à cette école. Chacun fait appel à son expérience et à son bon sens, tout en sachant que même avec la meilleure volonté du monde, il n’existe aucun secteur dans lequel les bavures n’existent pas.
Il y quelques années, je me suis rendu un vendredi soir à la synagogue Adath Yechouroun à Zurich. J’étais assis parmi les fidèles des derniers rangs. Peu avant la fin de la prière, une personne qui m’était parfaitement inconnue me posa la question de savoir où je logeai. Je lui répondis que j’étais à l’hôtel. Elle me quitta sans mot dire et deux minutes plus tard, une autre personne qui m’était tout aussi inconnue s’approcha de moi et insista pour que je sois des siens pour Shabbat. Dans la conversation, il me révéla que la première personne qui m’avait abordé était un administrateur de la communauté, préposé à faire inviter les personnes de passage chez les uns et les autres. Quel bel exemple !
Shabbat Shalom,
Yaakov Levi
Rav Moshav Revaya