Par Maître Bertrand Ramas-Mulhbach
Le 5 août 2012, 600 familles palestiniennes implantées en Syrie ont fui les combats pour se rendre dans des camps de réfugiés palestiniens au Liban, notamment ceux de Jalil et Taalabaya dans la vallée de la Bekka (départ clandestin puisque subordonné aux autorisations données par les autorités syriennes dont ils ne disposent pas). Les palestiniens de Syrie se sont également réfugiés en Jordanie : depuis le début du mois de juillet 2012, plusieurs centaines de personnes palestiniennes ont choisi cette destination bien que les conditions d’entrée dans ce pays soient plus compliquées : avant le mois d’avril 2012, les palestiniens devaient trouver un garant de nationalité jordanienne afin de circuler librement dans le Royaume Hachémite mais le système des garants a cessé de s’appliquer et les palestiniens sont tenus de rester dans le camp de Ciber City (au nord de la Jordanie), sauf à être refoulés à la frontière.
Particulièrement mal menée depuis le processus révolutionnaire en Syrie (le début du mois de mars 2011) la communauté palestinienne subit exactions, exécutions sommaires et enregistre déjà dans ses rangs, plusieurs centaines de morts, notamment dans les combats qui se sont déroulés à Yarmouk, camp palestinien situé à proximité de Damas. Celui ci concentre le quart de la population palestinienne en Syrie, soit 148 000 personnes, oú se sont produits les plus grands massacres. La question se pose donc de savoir pourquoi les syriens sont animés d’une telle animosité à l’endroit des palestiniens et pour quelles raisons ils cherchent tant à se venger sur cette population, des problèmes qu’ils rencontrent avec les autorités gouvernementales.
La raison tient á l’ambivalence du statut des palestiniens syriens : ils vivent comme toutes les communautés, jouissent de l’égalité des droits, occupent les mêmes fonctions et responsabilités, et vivent en parfaite symbiose avec les Syriens avec lesquels ils se marient et fondent des familles (leur statut est aux antipodes de celui réservé aux palestiniens vivant dans les autres pays arabes qui ne jouissent pas de la citoyenneté du pays d‘implantation ni d‘aucune prérogative attachée à la résidence locale). Dans le même temps, les Palestiniens syriens disposent d’un statut de «réfugiés» et sont regroupés dans des sortes de camps, pour continuer de recevoir les larges dotations de la communauté internationale, accordées aux descendants des palestiniens ayant quitté la Palestine en 1948.
Or, les Palestiniens de Syrie ont toujours été très proches des autorités syriennes qui les ont utilisés pour justifier la poursuite du combat contre Israël, et réprimer la population syrienne. Aussi, les dirigeants palestiniens et les différentes factions palestiniennes ont toujours coopéré avec les autorités syriennes qui ont assuré leur protection depuis des décennies, comme en témoigne la très grande proximité entre l’Armée de Libération de la Palestine et les forces de sécurité syrienne. Résultat : les Palestiniens sont aujourd’hui considérés comme des complices dans le carnage qui se produit en Syrie, compte tenu de leur soutien historique au régime de Bachar Al Assad.
Par ailleurs, des palestiniens de Syrie ont pris position contre la dictature de Bachar Al Assad qui les a instrumentalisés. Ils ont réclamé plus de démocratie, la fin de l’exploitation de leur statut et manifesté contre la brutalité du gouvernement. Le 5 juin 2011, les palestiniens ont même entrepris de se rendre sur le plateau du Golan (contre l’avis du gouvernement) pour manifester contre le 44° anniversaire de la présence israélienne sur le plateau, manifestation organisée à l’initiative du groupuscule terroriste Front Populaire de Liberation de la Palestine, depuis toujours, allié au régime. En outre, dans une interview sur France 24 du 9 mai 2011, Khaled Meshaal leader du Hamas á Damas a qualifié le printemps arabe de «magnifique»» et a déclaré que «la liberté et la démocratie étaient particulièrement nécessaires en Syrie», ce qui a déclenché le courroux des autorités loyalistes. Résultat, les palestiniens ne sont plus en mesure de savoir aujourd’hui qui leur en veut : dans l’un des incidents les plus atroces, á l’occasion duquel des membres de l’Armée de Libération Palestinienne ont été arrêtés, kidnappés, tués et égorgés avant que leur corps ne soient jetés dans un champ de la banlieue de Damas (Jérusalem Post 20 juillet 2012), personne ne pouvait affirmer, des autorités syriennes ou des rebelles, celui qui avait commis le forfait…
Plus grave : les palestiniens sont terriblement inquiets sur le sort qui leur sera réservé lorsque le régime alaouite sera renversé. Pour les leaders palestiniens, c’est un désastre majeur qui devrait leur être réservé : les palestiniens seront obligés de quitter leur foyer (historique) en Syrie et ne pourront pas y revenir de si tôt. Ils redoutent en fait, un sort identique à celui des 30 000 palestiniens qui vivaient en Irak (dont le soutien à Saddam Hussein qui assuraient leur protection avait été mal vécu par la population). À la suite du renversement de Saddam Hussein, ils avaient perdu leur statut de réfugiés permanents et subi une persécution collective, avant de se réfugier dans d’autres pays arabes pour fuir les mauvais traitements, les discriminations et les éliminations sommaires. De même, les Palestiniens implantés au Koweït ont été maltraités par les Koweitiens, en raison de leur engagement en faveur du dictateur irakien. La communauté palestinienne avaient pareillement été maltraitée et victime d’actions de représailles prenant la forme d’assassinats.
Aujourd’hui encore, les palestiniens en Syrie sont victimes du statut absurde que leur accorde la communauté internationale. Bien qu’appartenant à la grande nation arabe, qu’ils parlent la langue arabe et qu’íls soient de confession musulmane pour l’immense majorité, ils sont stigmatisés comme étrangers dans les pays arabes qui cultivent leur appartenance à une nation palestinienne imaginaire. Les Palestiniens vivent, en fait, un véritable dilemme : soit ils renoncent á la nationalité et á la cause palestinienne imaginaire, cessent de recevoir les indemnités accordées par le statut de réfugiés palestiniens et renoncent á la violence contre les Juifs pour enfin trouver la sérénité, soit ils continuent de recevoir l’argent de la communauté internationale tel un peuple corrompu et sous tutelle, continuent de rester proches des dictateurs arabes tout en prenant le risque de se faire expulser en cas de changement de régime politique. La comédie palestinienne devrait prendre fin, lorsque les acteurs internationaux feront preuve d’humilité et accepteront de reconnaitre qu’ils se sont tous trompés sur la véritable identité des Palestiniens.