
L’Eté Norvégien, Israël et les Juifs.
Par Manfred Gerstenfeld
Le bref été norvégien n’a pas été aussi tranquille que d’habitude, cette année. Certains aspects de ce malaise concernent, également, Israël et la communauté juive locale. Une part des problèmes de la Norvège est liée au massacre de 77 personnes, l’an dernier, commis le 22 juillet, par Anders Breivik, à Oslo et sur l’île d’Utoya. Les conclusions de la commission d’enquête nommée par le gouvernement, qui viennent juste d’être rendues publiques, sont accablantes pour les cercles dirigeants de Norvège. Ce rapport mentionne une longue liste de carences flagrantes, parmi lesquelles une faible protection des bâtiments gouvernementaux, une direction aléatoire de la police et une désorganisation générale-1-[1]. La responsabilité ultime de ces manquements graves est imputable au Premier Ministre issu du Parti Travailliste, Jens Stoltenberg.
Il est, désormais, prouvé que son gouvernement est gravement incompétent, quant au simple devoir de protéger ses citoyens. Et pourtant, c’est un orfèvre, lorsqu’il s’agit de critiquer Israël. En particulier, le Ministre des Affaires étrangères, Jonas Gahr Stoere, un antisémite à temps partiel, condamne fréquemment le gouvernement de Jérusalem et lui donne des leçons sur la façon de gérer des défis infiniment plus complexes que ceux que la Norvège doit affronter. Cette arrogance est souvent partagée par les rédacteurs en chef des médias norvégiens, les ONG, certains évêques luthériens, les dirigeants des syndicats et tant d’autres professeurs de bonne conduite au sein de l’élite culturelle du pays.
Pourtant, il n’était pas très dur de comprendre qu’il subsistait des lacunes structurelles liées à la sécurité, en Norvège, et ce, depuis de nombreuses années déjà. Dans mon livre, publié en 2008, Behind the Humanitarian Mask, the Nordic Countries, Israel and the Jews,[Sous le Masque de l’Humanitaire, les Pays Nordiques, Israël et les Juifs], j’ai cité le chef de l’armée norvégienne, alors en exercice, le Général Robert Mood. Il décrivait les capacités de son armée comme à peine capable de défendre, peut-être, un quartier d’Oslo, mais sûrement guère plus, dans la totalité du pays-2-.
Outre le rapport de la Commission Breivik, il y a eu bien d’autres motifs qui ont rendu cet été problématique, à plusieurs sens du terme. Aux Pays-Bas, un réservoir de stockage important de la principale Compagnie Norvégienne Odfjella dû fermer. On a constaté des fuites de gaz inflammable, en plus de problèmes fréquents de sécurité environnementale. Lorsqu’un expert hollandais de la sécurité a vu une photographie de l’installation actuelle, sa première impression a été qu’elle avait été prise il y a au moins 30 ans-3-. Le Directeur du Bureau d’Odfjell a déclaré que les problèmes relatifs à la sécurité étaient toujours pris très au sérieux, pourtant, il s’est montré incapable d’expliquer pourquoi sa filiale hollandaise présentait autant de failles évidentes dans ce domaine.
L’élite culturelle de Norvège fait preuve de fierté mal placée, en ce qui concerne le respect des normes d’éthique. Le prospère Fond de pension d’Etat du pays a revendu ses actions au sein de la Compagnie israélienne Elbit, parce que cette société a fabriqué des composants de la barrière de sécurité d’Israël. Cette dernière a grandement réduit le nombre d’assassinats de civils israéliens par les Palestiniens. Une explosion importante à l’intérieur de la filiale hollandaise d’Odfjell, quant à elle, dénuée d’éthique et négligente, pourrait, cela dit, mettre en danger la population environnante, forte d’environ un million d’habitants.
Le quotidien norvégien dominant, Aftenposten a mentionné dans un éditorial, qu’Odfjell mettait en danger la réputation de la Norvège à l’étranger-4-[4]. En fait, cette réputation aurait dû se dégrader d’elle-même il y a longtemps, même si cela ne tenait qu’à l’empathie des élites pour les crimes et le génocide dont les Palestiniens et d’autres criminels des Etats musulmans font la promotion. A peu près à la même période, le quotidien Dagbladet a publié deux articles détaillant le niveau de corruption des entreprises norvégiennes qui font des affaires avec les états dictatoriaux-5-[5].
Il y a à peine quelques semaines, l’Université de Bâle et l’Académie Mondiale pour la Paix ont suspendu leur collaboration avec l’universitaire pacifiste norvégien et soi-disant père des études sur la paix, Johan Galtung. Il venait de recommander de lire le montage antisémite des Protocoles des Sages de Sionlors d’une conférence à l’Université d’Oslo. Galtung y déclarait qu’on ne peut pas s’empêcher, en lisant ce livre, de penser à Goldman Sachs. Il suggérait également que les Juifs étaient bien en partie coupables de leur propre extermination à Auschwitz-6-. Certains pourraient, bien sûr, se demander pourquoi aucune action n’a été entreprise à son encontre en Norvège même. La réponse n’est pas très difficile à trouver, pour quiconque a eu l’occasion de se familiariser avec la profonde hypocrisie que partage un grand nombre, parmi l’élite culturelle de Norvège.
Le changement d’attitude de la communauté juive est moins remarqué, mais, pourtant, cela vaut la peine d’en prendre bonne note. Depuis de nombreuses années, elle jouait un rôle significatif, en minimisant publiquement l’importance de l’antisémitisme et de l’antisionisme en Norvège. C’était fort utile pour le gouvernement. Lorsque des étrangers osaient pointer du doigt l’incitation à la haine norvégienne, le plus souvent, sa réaction consistait à dire : « Qui sait mieux ce qui se passe ici ? Les Juifs Norvégiens ou ces gens qui ne vivent même pas là ? »
Le blanchiment de la réalité déplaisante du pays, de la part des dirigeants juifs, était partiellement compréhensible, après les expériences précédentes où ils s’étaient exprimés. Il y a environ dix ans, deux membres de la communauté, qui s’étaient impliqués dans des débats où l’antisémitisme était publiquement discuté, ont reçu des balles dans leur boîte aux lettres.
Pourtant, il y a des limites, même pour la petite communauté juive de Norvège. Le Parti Centriste, qui fait partie du gouvernement, s’est récemment prononcé en faveur de l’idée d’interdire la circoncision concernant les garçons. Ervin Kohn, le dirigeant de la communauté juive d’Oslo, disait encore, en Juillet, qu’il préférait être Juif en Norvège, plutôt qu’en Espagne ou en Hongrie. En août, Kohn a déclaré que si jamais une loi « interdisant la circoncision » passait, il n’y aurait alors plus de place pour les Juifs en Norvège-7-. Aucune critique venue de l’étranger n’avait encore jamais été aussi loin.
Récemment, l’ancien assistant au Secrétaire d’Etat américain, Elliot Abrams a rejoint le nombre croissant de ceux qui brocardent l’antisémitisme et l’antisionisme norvégien, depuis l’étranger-8- . Pour ceux qui sont familiers des nombreuses aberrations émises par l’élite culturelle du pays, on ne peut en venir qu’à une seule et unique conclusion : on doit s’attendre à la survenue de nouvelles dérives, en Norvège, dès que l’été aura touché à sa fin.
Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.
Adaptation : Marc Brzustowski.