À chaque ressourcement de la part de l’homme, les Lueurs de la Techouva lui insufflent une vie nouvelle, aussi bien au niveau de ses pensées que de ses actes. Telle est l’idée centrale de l’ouvrage magistral du Rav Kook, Orot HaTechouva. Tout progrès est Techouva, mais s’accompagne d’un épuisement provisoire de la volonté humaine. Après les jours d’austérité et de sévérité qui atteignent leur apogée dans l’abnégation totale de Yom Kippour, les jours joyeux de Souccot font naître des forces et des facultés nouvelles.
Avec sa sensibilité particulière, le Rav Kook se préoccupait de la blessure que la Techouva peut causer dans la personnalité humaine. La Techouva est une démarche qui exige de changer son mode de vie, d’envisager une autre direction, de modifier sa conduite ; de brimer, dans une certaine mesure, sa liberté. Toutes les décisions positives, prises à la suite de l’engagement vers la Techouva brisent, peu ou prou, la joie de vivre et affectent la liberté de la volonté humaine, son libre arbitre. Quand il s’engage dans sa marche en toute confiance sur les voies de la Techouva, l’être le plus fort est confronté à un certain affaiblissement, à la suite des réaménagements et des changements nécessaires qu’elle implique.
Nos Sages ont exprimé ce dilemme, à travers leur langage homilétique bien particulier, quant au choix d’un Shofar droit ou courbé (Talmud Roch Hachana 26b) : on doit entendre la voix d’un Shofar courbé, comme c’est l’usage traditionnel, en utilisant une corne de bélier ou alors, droit, avec la corne d’une antilope, comme c’est le cas exceptionnel lors des sonneries du Shofar de l’année du Jubilé. La Loi juive nous indique les motifs d’utiliser une corne courbe : il faut courber l’échine devant la Majesté divine ; ou bien droite : il faut avoir l’échine droite de l’homme libre. La Loi juive a tranché pour une corne courbée pour toutes les années, et quant au Jubilé une corne droite d’antilope doit être employée, car elle convient parfaitement à cette année de libération des esclaves qui redressent leur personnalité, un tant soit peu brimée par de longues années d’obéissance à un maître.
On peut tirer la conséquence du raisonnement de nos Sages : nous comprenons que les Fêtes austères, comme leur nom l’indique, nous briment dans une certaine mesure. Elles commencent depuis les jours de pénitence, le 1er du mois d’Eloul, incluent les sli’hot, les supplications de l’aurore mêlées à l’écoute des sons du Shofar et se récapitulent à Roch Hachana en atteignant leur sommet à Yom Kippour. Ce long processus du réveil de la torpeur spirituelle et de purification progressive s’accompagne d’un inévitable épuisement des forces corporelles et psychiques et nous laissent, au lendemain de Kippour, certes purifiés mais exténués. Courage ! Bientôt les fêtes de Souccot nous rempliront de joie !