Le mois d’Eloul est propice à la Teshouva, au repentir. Le terme Teshouva véhicule deux connotations principales. Étymologiquement celui du Retour, traditionnellement celui de Tikoun (réparation). Que faut-il réparer en définitive, les actes ou leur propriétaire ? Le comportement ou l’homme ? Quel est le rôle de ces fautes ? Ne sont-elles pas, en quelque sorte, tout simplement humaines, donc inévitables, ou peut-être sont-elles indispensables ? Ne rendent-elles pas aussi souvent service à l’humanité ? L’avidité et la convoitise ne font-elles pas avancer les technologies ? Les angoisses et les anxiétés ne créent-elles pas l’art et la philosophie ?
Les actes portent en eux leur vie et leur destin, au-delà de l’intention de leur propriétaire. Mais votre vie à vous est entre vos mains. Si vous êtes de ceux qui font Teshouva radicalement, vous êtes comme un adolescent qui laisse ses affaires s’empiler généreusement dans sa chambre personnelle, jusqu’à ce que l’infernal désordre devienne insupportable, et que crise s’ensuive : vous retroussez vos manches et vous mettez à la tâche. C’est compréhensible à 17 ans, la stabilité ne caractérise généralement pas cet âge. Mais vous ? Vous l’avez terminée, votre crise d’adolescence ! Il y a des méthodes plus audacieuses, plus équilibrées, plus matures… pour aménager vos pensées et vos comportements. Les adapter vous permettra de vous élever de ces situations récurrentes. Vous piétinez.
Rabbi Nahman écrit : « Lorsque l’homme désire se repentir, il faute en s’attristant, car bien qu’il soit tel quel avec ses défauts, Hachem veut qu’il se réjouisse : c’est seulement ainsi qu’il pourra se réparer »… Le processus de repentir nécessite de la joie. Celle-ci serait paradoxalement la condition inévitable à notre Tikoun personnel. Fauter, c’est manquer cette condition : la langue française exprime parfaitement cette idée. Faute d’argent, faute de patience, faute de confiance, faute de gratitude, faute de sincérité, faute de modestie… je ne suis pas heureux. Ou bien doit-on changer de disque ? Faute de Simha je gère ma vie maladroitement. Regardons les jeunes enfants, avec quelle facilité ils rient des choses les plus simples (sauf si nous avons endommagé leur spontanéité…), et si notre plus grande faute était notre tristesse ? Nos insatisfactions ?
Le principal problème de la faute c’est qu’elle renforce notre Égo, et nous éloigne des forces altruistes, de nos forces Divines. La tristesse a le même effet problématique. Être affligé c’est un peu perdre espoir, c’est un peu se perdre dans l’obscurité de ses pensées. C’est s’éloigner des prodigieuses forces dissimulées en nous. Le Rav Ashlag définit en l’homme deux forces a priori opposées. Celle du Recevoir et celle du Don. L’idéal étant de mettre la première au service de la seconde. Le gain au service de l’altruisme.
Et pourtant ces moments de douleur… ont leur profondeur… ne sont-ils pas porteurs… d’un peu de bonheur… Ces moments de cafards sont un peu nos phares ; quand on en a marre, tentons un nouveau départ…
Des profondeurs de l’angoisse, de l’inquiétude, de la nostalgie, de l’obscurité… la lumière émane puis transcende. Une larme qui coule sur la joue, c’est bon, parce que c’est sincère, et puis ça soulage. Il y a les douleurs stériles, par plaisir masochiste en quelque sorte, il y a la douleur qui donne la vie, contribution unique. C’est ici que chacun doit se poser la question : ce mal-être engendrera-t-il une nouvelle joie plus élevée, ou est-il habitude réactive ? Est-il activité de l’âme ou est-il prétexte à la plainte et à la passivité. C’est le moment de l’introspection.
N’omettons pas l’essentiel : le mois d’Eloul est bien plus que celui du repentir. La spécificité de cette période, c’est la rencontre de deux êtres qui s’aiment, se cherchent et se trouvent. Y a-t-il plus belle joie ? N’oublions jamais qu’à travers nos bonnes actions et nos prières, ce qu’Il désire le plus, Hachem, c’est le plaisir de la proximité. Larmes qui coulent sur la joue, au parfum du bonheur…. C’est notre retour à Lui.
Esther Horgen
Conseil Personnel et Conjugal
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