Depuis le second jour du mois d’Eloul, les Juifs séfarades ont commencé à réciter chaque jour les Seli’hot pour se préparer aux »Jours Redoutables » du mois de Tichri.
Le mois d’Eloul est donc symbolique d’une période qui se terminera avec la neïla de Yom Kippour et qui nous amène à nous repentir, à faire Techouva, à nous rapprocher de notre Créateur et de notre prochain.
Le Rav Yaakov Guedj, originaire de Constantine, a d’abord été Grand Rabbin de Cannes avant de faire son Alyah et de devenir Rav à Kiryat Arba. Il fait partie des organisateurs d’une soirée spéciale en l’honneur de la hiloula du Rav Sidi Fredj Halimi, qui se clôturera par la récitation des Seli’hot selon le rite constantinois.
Il nous fait partager son expérience et son savoir concernant cette période, les prières et l’importance de nos rites et coutumes.
Le P’tit Hebdo : Quelle signification la période d’Eloul à Yom Kippour revêt-elle ?
Rav Yaakov Guedj : Dans notre calendrier, chaque jour, chaque mois a une signification particulière. Plus précisément, on constate que l’on peut associer un sentiment, roi de notre cœur, à chaque mois de l’année juive.
Le mois d’Eloul est donc associé au pardon, aux Seli’hot. Quarante jours avant Yom Kippour, nous commençons à nous demander quelle sera la décision du Tribunal Céleste.
Lph : Pourquoi commencer quarante jours avant Yom Kippour ?
Rav Y.G. : Ce sont les quarante jours qui précèdent la remise des dernières tables de la loi par Moshé au peuple d’Israël au pied du mont Sinaï. Nous devons exploiter cette période pour nous réveiller de l’assoupissement dans lequel nous sommes au point de vue spirituel.
Lph : Ce serait la signification des Seli’hot ?
Rav Y.G. : Tout à fait. Les Seli’hot nous aident à réveiller notre conscience juive. Les textes des Seli’hot sont d’une telle beauté spirituelle et poétique qu’ils ne peuvent laisser indifférent. En fait, les Seli’hot seront notre avocat lorsque nous arriverons au Jour du Jugement, à Rosh Hashana. Nous avons, par ce biais, la possibilité de parler beaucoup avec notre Juge, D’ieu.
Par ailleurs, de la même façon que nous serons tous jugés en même temps, nous préparons notre dossier à l’intérieur d’un groupe, pas seulement en tant qu’individus. C’est pourquoi nous récitons les Seli’hot en minyan.
Lph : Où trouve-t-on la motivation pour participer aux Seli’hot pendant quarante jours ?
Rav Y.G. : Chacun doit se connaître et savoir de quelle façon il pourra puiser les forces pour tenir le rythme pendant quarante jours. Voici les quelques conseils que je donnerais : y aller avec un ami, bien équilibrer son emploi du temps pour se dégager du temps et de l’énergie. Ensuite, et même si l’idéal est de réciter les Seli’hot le matin, il est toujours concevable de le faire le soir, c’est souvent plus facilement réalisable.
Enfin, il me faut préciser que les femmes ne sont aucunement tenues à cette obligation. De la même façon, elles n’ont pas l’obligation d’écouter le chofar. La preuve que seuls les hommes ont des choses à se faire pardonner !
Lph : Pourquoi organisez-vous des Seli’hot selon le rite constantinois ?
Rav Y.G. : Cela fait maintenant trois ans que nous les organisons ainsi. Il s’agit, tout simplement, de répondre à une réelle demande, à une réelle envie, à un réel besoin de retrouver cette liturgie dans des textes aussi importants. On peut appeler cela le réveil d’une »conscience ethnique » ! Mais tous sont les bienvenus : nous adorons aussi les Marocains et les Tunisiens ! Ils nous permettent d’enrichir notre liturgie.
Les Seli’hot »constantinoises » ont pris une dimension nationale ! Je tiens d’ailleurs à remercier tous les organisateurs, et en particulier Yossi Nakache et Claude Laloum. Des Rabbanim de grande renommée seront présents, un repas fantastique sera servi. Nous prévoyons de reproduire l’expérience, un peu plus tard dans le mois, à Beer Sheva puis à Hevron.
Lph : Pensez-vous que les minhaguim nord-africains sont »étouffés » en Israël par ceux des Juifs d’Irak ou d’Iran ?
Rav Y.G. : L’Alyah nord-africaine a été beaucoup plus tardive que celle d’Irak et d’Iran. Ce qui est vrai pour les minhaguim l’est aussi pour la hala’ha : le Talmud est bien le »Talmud Bavli » (de Babel).
Les Juifs d’Afrique du Nord sont arrivés avec une humilité, une timidité, comme un complexe qu’il faut déplorer. Nous devons être fiers de notre culture, de notre pratique du judaïsme. De très grandes figures sont issues d’Afrique du Nord.
Lph : Le Rav Sidi Fredj Halimi, dont la hiloula sera célébrée le soir des Seli’hot que vous organisez, en est un exemple.
Rav Y.G. : Tout à fait, le Rav Halimi était un grand dayan (juge rabbinique), descendant d’une lignée incroyable de talmidé ha’hamim.
Lph : La volonté de conserver à tout prix ces traditions ne va-t-elle pas à l’encontre de celle d’unifier le peuple juif ?
Rav Y.G. : L’unité doit être réelle sur le plan de la Hala’ha. Mais nos rites, nos liturgies, nos traditions culinaires doivent certainement être conservés et entretenus. Combien de personnes ont-elles fait Techouva pour un air qui a bercé leur enfance, un plat ou une coutume vestimentaire transmise de père en fils ?
Nos minhaguim sont un facteur important dans le rapprochement d’un grand nombre de personnes avec D’ieu.
Lph : Mais ces coutumes intéressent-elles encore la jeune génération ?
Rav Y.G. : Il existe un phénomène naturel : avec le temps, les traditions s’effacent, la manière de penser, de chanter, d’écouter,… évoluent. Il ne faut pas avoir peur du phénomène, mais au contraire bien l’affronter. Chacun au sein de sa famille, de sa communauté, doit s’attacher à adapter et à traduire ses traditions, à les rénover pour pouvoir les transmettre.
Si vous trouvez une mine d’or, mais que celle-ci existe depuis 800 ans, allez-vous vous en désintéresser sous prétexte de son ancienneté, ou allez-vous prendre l’or sans vous préoccuper de son âge ? D’ailleurs, il est remarquable de constater le nombre de jeunes qui participent aux Seli’hot et qui tiennent à la liturgie de leurs parents ou grands-parents.
Lph : L’Alyah française est à forte proportion séfarade originaire d’Afrique du Nord. Quel est votre regard sur cette communauté ?
Rav Y.G. : Les Juifs de France ont, en quelque sorte, leurs minhaguim de France qu’il est bon qu’ils conservent et transmettent également. Ils ont une importante contribution à apporter compte-tenu de leur sens de l’organisation et de leur rationalisme par rapport aux élans mystiques.
Les Juifs de France ont une culture de la décence, de la politesse, du respect. Toutes ces valeurs doivent être transmises, ici, en Israël. On nous enseigne que les Juifs ont été en exil pour en ramener les étincelles de ce qui s’y fait de meilleur. Ainsi, chacune des 70 Nations se retrouvera en nous dans les Temps Messianiques, et pourra apporter des sacrifices au Temple. C’est notre vocation : réunir toutes les conceptions présentes dans l’Humanité, afin de préparer au mieux les Temps Messianiques.
Seli’hot et Hiloula du Rav Sidi Fredj Halimi
Jeudi 06 septembre, 19 Eloul
Je suis intéressé par les silihot et la Hiloula du Rav Sidi Fredj HALIMI Zatsal
Je souhaiterais connaître les détails relatifs au déroulement de la manifestation
Toda Raba
Itshak Jacky HALIMI