Plus de 2 millions d’enfants et d’adolescents ont repris, lundi 27 août, le chemin de l’école en Israël pour une rentrée qui s’affiche cette année sous le signe des réformes. Reste à savoir si celles-ci inaugurent de véritables changements en profondeur ou si elles ne sont que de simples mesures cosmétiques.
Plus de 2 millions d’écoliers et lycéens israéliens ont rejoint en début de semaine les bancs des 4 528 établissements scolaires d’Israël où les attendaient 141 085 enseignants. Tandis que les élèves des réseaux orthodoxes avaient déjà regagné les talmudé Torah et yéchivot dès le 1er Eloul (dimanche 19 août), ceux des réseaux publics ont repris le chemin de l’école une semaine plus tard, le lundi 27 août. Pour la toute première fois, ces derniers ont d’ailleurs dû écourter leurs grandes vacances de cinq jours par rapport aux années précédentes. Cette mesure initiée par le ministre de l’Éducation Guidéon Saar vise en effet à instaurer une nouvelle répartition des congés scolaires tout au long de l’année. Les cinq jours de vacances « perdus » seront restitués au moment des fêtes, entre Yom Kippour et Souccot, à Hanouka et à Pessa’h. Si au ministère on se félicite de la réforme qui permettra aux élèves d’étudier en continu jusqu’aux fêtes de Tichri, de nombreux parents restent très insatisfaits. Sandrine Atlan, mère de 4 enfants et habitant à Jérusalem, explique : « On nous a certes enlevé cinq jours, mais il en reste encore 57 ! Ces vacances trop longues génèrent des coûts énormes pour les familles en terme de garde d’enfants et de loisirs, sans parler du fait que les parents qui travaillent ne disposent pas d’un nombre de jours de congé suffisant et que la plupart des centres aérés sont fermés au mois d’août. Avancer la rentrée de cinq jours permet peut-être aux élèves d’étudier avec moins d’interruption jusqu’aux fêtes de Tichri, mais elle n’apporte pas de véritable solution aux parents. » Et c’est peut-être justement pour tenter d’apporter une solution à ce problème que le ministère de l’Éducation envisage très sérieusement de raccourcir de plus de trois semaines les grandes vacances pour la rentrée 5775 !
- Hausse des effectifs dans le réseau orthodoxe
Mais alors que les vacances sont plus courtes, le nombre d’élèves scolarisés en Israël lui, est en constante augmentation. Selon les données fournies par le ministère de l’Éducation, on a recensé à la veille de cette rentrée scolaire 3 % d’élèves en plus que l’an dernier. Dans les écoles maternelles, primaires et secondaires, tous secteurs confondus, on est passé de 1 529 000 élèves pour la rentrée 5771 (2010-2011), à 1 942 000 élèves pour celle de 5772 (2011-2012), et à 2 005 000 d’élèves pour cette rentrée. Ces derniers sont répartis ainsi 423 000 enfants en classes de maternelle et 1 582 000 étudiants en établissements primaires et secondaires. Cette augmentation s’explique en partie par la progression des effectifs au sein des réseaux orthodoxes et religieux. Alors qu’il y a trois ans, 180 000 élèves fréquentaient le réseau indépendant orthodoxe, ils sont en ce début d’année plus de 200 000. Ainsi, pour la seule ville de Jérusalem, le département éducation du réseau orthodoxe a recensé 95 724 élèves, soit près de 3 500 de plus que l’an dernier. Parmi eux, on trouve 22 100 enfants inscrits dans le réseau d’écoles maternelles orthodoxes (contre 20 835 l’an passé), 48 736 inscrits dans les talmudé Torah et Baté Yaacov (écoles primaires respectivement pour garçons et filles) et 22 807 inscrits en yéchiva kétana et en séminaires pour jeunes filles. Le jour de la rentrée scolaire des élèves du réseau orthodoxe, le maire de la capitale, Nir Barkat s’est rendu dans plusieurs talmudé Torah et Baté Yaacov de la ville, accompagné du rav Its’hak Pindrus, adjoint au maire et responsable du département de l’éducation orthodoxe à la mairie. Le rav Pindrus est à l’origine d’un vaste projet de construction de bâtiments scolaires dans les quartiers orthodoxes de la capitale. Pour faire face à cette augmentation nette des effectifs, le ministère de l’Éducation a consacré 1,3 milliard de shekels à la construction de jardins d’enfants et près de 1 milliard de shekels supplémentaires ont été utilisés pour la subvention des frais de scolarité. De même, 860 nouveaux jardins d’enfants ont pu voir le jour à travers le pays. Le ministère a aussi participé à la reconversion de 500 maternelles privées en structures publiques. Face aux besoins grandissants, des maternelles supplémentaires prendront provisoirement place dans les locaux des centres communautaires des villes (Matnass) ainsi que dans des mobiles-homes, jusqu’à ce qu’une solution définitive soit trouvée.
-L’instauration de la gratuité en maternelle
L’une des grandes réformes de cette rentrée est sans conteste l’application de la loi sur l’éducation gratuite en maternelle pour les enfants âgés de 3-4 ans. Suite aux recommandations de la Commission Trachtenberg née de la protestation sociale de 2011, la scolarité des élèves de première et deuxième année de maternelle est désormais gratuite. Il s’agit là d’une économie substantielle (environ 8 000 shekels annuels) pour les parents ayant des enfants de cet âge. Du coup, la scolarisation des 3-4 ans en maternelle a fait un bond pour cette rentrée, dépassant les capacités d’accueil des écoles et le nombre de personnels enseignants à disposition, avec de surcroît un problème de sureffectif : les classes pourront en effet accueillir jusqu’à 35 enfants avec seulement une enseignante et une aide-jardinière d’enfants.
Le porte-parole du ministère de l’Éducation a expliqué que quelque 269 000 enfants âgés de 3 et 4 ans profitent de la réforme dès cette rentrée, ce qui représente 85 % de l’ensemble des enfants de cette tranche d’âge. Il reste un peu moins de 50 000 enfants qui devront attendre la prochaine rentrée pour pouvoir en bénéficier. Le porte-parole a précisé que les frais de scolarité sont subventionnés par l’État jusqu’en milieu de journée (13 heures). Quant aux parents désireux de faire garder leurs enfants jusqu’à 16 heures ils devront prendre en charge ces heures. Toutefois, les enfants de 81
localités de faible niveau socio-économique vont bénéficier d’un système de maternelle gratuite jusqu’à 16 heures qui leur proposera des activités l’après-midi ainsi qu’une cantine. Et il convient de souligner que plusieurs localités orthodoxes bénéficieront de ces avantages.
Les réformes de cette année
Les deux autres réformes « Ofek ‘Hadach » et » Oz Latmoura ‘seront maintenues et étendues à un plus grand nombre d’établissements dans lesquels les jeunes étudieront avec un enseignant l’après-midi, dans le cadre de petits groupes. Guidéon Saar a également déclaré que l’accent serait mis cette année sur le « Leadership chez les jeunes ». Des programmes promouvront les comités d’élèves et leur participation à divers projets sociaux, environnementaux, scientifiques liés à leur établissement. La réforme des « Classes intelligentes » sera élargie et concernera cette année un millier de classes, aussi bien dans les écoles du centre du pays que dans le Néguev et la Galilée. Les classes seront dotées d’un tableau interactif tactile géré par l’enseignant, qui lui permettra non seulement de présenter le cours de manière plus vivante, mais aussi d’évaluer en temps réel si ce dernier a bien été assimilé par les élèves. Une rentrée qui s’annonce décidément pleine de changements.
Moché Holtzberg : « Maman, j’entre en Kita Aleph ! »
La veille de la rentrée des classes, le Premier ministre Binyamin Nétanyaou a téléphoné au jeune Moché Holtzberg, 6 ans, pour lui présenter ses vœux de réussite à l’occasion de son entrée en Kita Aleph, le cours préparatoire israélien. Il y a quatre ans, en novembre 2008, Moïchi avait été miraculeusement sauvé de la fusillade terroriste qui avait couté la vie à ses parents Gabriel et Rivka Holtzberg Hy »d au Beth ‘Habad de Bombay. Il avait alors deux ans. Depuis, il vit en Israël, élevé par ses grands-parents maternels, le rav Chimon Rosenberg et son épouse Yéhoudit. Ce sont eux qui l’ont accompagné à l’école pour son premier jour en Kita Aleph, au Talmud Torah ‘Habad de Migdal Haémek. Dans une interview accordée à la presse, son grand-père raconte : « À côté de la photo de ses parents, Moché a placé sa boîte de Tsédaka. Chaque jour, il y met de petites pièces pour accomplir la mitsva de Tsédaka. Le premier jour de classe, il s’est approché de la boîte et il a dit : ‘ Papa, Maman, aujourd’hui, je commence la Kita Aleph. ‘ Puis il a donné de la Tsédaka et a murmuré : ‘ Bénissez-moi et souhaitez-moi bonne chance ! ’ Ensuite il a embrassé la photo de ses parents. Cela nous a beaucoup émus. Je suis convaincu qu’ils l’accompagneront et veilleront sur lui de là où ils sont. »
Une rentrée mouvementée dans le Sud
Les élèves des localités du pourtour de la bande de Gaza ont eu une rentrée mouvementée : à peine la sonnerie du début des cours avait-elle retenti que celle de l’alerte aux roquettes a pris le relais. Ils ont tout juste eu le temps de courir vers les abris avant l’explosion d’une roquette Kassam près de Michmar Hanéguev. Par miracle, celle-ci n’a causé ni blessés ni dégâts matériels. Alors que l’été s’était déroulé plutôt dans le calme, trois roquettes ont été lancées la veille de la rentrée, et ont provoqué d’importants dégâts matériels dans deux usines de Sdérot. Les patrons des établissements ont déclaré que les élèves et l’équipe pédagogique étaient préparés à l’éventualité de tirs de roquettes et que les cours se dérouleraient normalement. Le maire de Chaar Hanéguev a souligné : « On ne donnera pas à l’ennemi le plaisir de perturber la rentrée des classes. »