Itzhak Dahan Le rôle surprenant des Olim français

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Itzhak Dahan est aujourd’hui doctorant à l’université Bar-Ilan. Sociologue, cet homme de grande érudition, a un parcours académique et associatif très riche et véritablement tourné vers ses frères juifs, et plus particulièrement francophones. Ainsi, il a été vice-président de l’Agence Juive, a effectué des missions de trois ans à Paris et Montréal, et occupe actuellement un poste de membre de l’exécutif au sein de l’organisation sioniste mondiale.

Son sujet de thèse nous concerne au plus près puisqu’il s’agit du judaïsme français en Israël. Nous l’avons sollicité au sujet du  »clivage » entre ashkénazes et séfarades en Israël mis en regard de la communauté francophone.

 

Le P’tit Hebdo : Pourquoi avez-vous choisi de faire une thèse sur les Francophones en Israël ?

Itzhak Dahan : Le choix s’est imposé de façon plutôt naturelle. En effet, né au Maroc, je suis monté enfant en Israël en 1960. Je suis donc moi-même de culture francophone. Par ailleurs, j’ai beaucoup travaillé avec les Juifs de France : avec le consistoire, le FSJU, et bien d’autres organismes centraux. J’ai toujours eu, et je continue à entretenir de très bons rapports avec la communauté française. Le sujet me tenait à cœur et personne n’avait encore entrepris de recherches sur ce phénomène francophone.

Lph : D’après vos différentes études, qu’est-ce qui différencie la communauté française en Israël ?

I.D. : Si je devais commencer à effleurer le sujet, je dirais que l’identité collective des Français en Israël s’est affirmée avec le temps. Dans les années 1970, les immigrants de France témoignaient d’une véritable volonté de n’être plus qu’Israéliens. Depuis les années 1990, on observe un phénomène de ghettoïsation de la communauté francophone en Israël. Les Olim de France sont très sionistes, mais pour plusieurs raisons ils sont arrivés à la conclusion que pour mieux s’intégrer, il fallait dans un premier temps au moins, se replier sur eux-mêmes. Mes recherches visent à répondre à la question de savoir  »pourquoi » un tel comportement ainsi qu’à celle de savoir ce qu’il advient de la deuxième génération.

Lph : Comment les Juifs olim de France vivent-ils le  »clivage » entre Séfarades et Ashkénazes en Israël ?

I.D. : La majorité des Olim de France sont des Séfarades issus d’Afrique du Nord. Le fait qu’ils aient passé des dizaines d’années en France avant de venir en Israël leur a donné un regard totalement différent de ceux qui sont venus directement des pays du Maghreb.

Ils sont arrivés à une époque où le pays était déjà développé au niveau économique, les infrastructures avaient une capacité d’accueil plus large, tout était plus prêt à recevoir ces nouveaux immigrants. De plus, ils ont eux-mêmes immigré dans une situation économique personnelle plus favorable. Beaucoup sont arrivés avec un vrai bagage universitaire ou professionnel, voire avec de l’argent dont ils ont pu profiter. Ils ont donc incontestablement moins ressenti et moins souffert de la discrimination dont les Séfarades ont été et peuvent encore être victimes.

Lph : Les Juifs de France portent-ils eux aussi un regard  »clivant » sur le sujet ?

I.D. : Les Juifs de France sont bien loin de la tension israélienne dans ce domaine. En France, les relations entre communautés séfarades et ashkénazes sont amicales. En outre, la communauté séfarade y est progressivement, en douceur, devenue majoritaire. En Israël, c’est l’inverse, elle y est minoritaire. Si les Séfarades, arrivés d’Afrique du Nord, ont été mieux perçus en France qu’en Israël, cela tient à plusieurs facteurs culturels. Les Juifs du Maroc, de Tunisie et encore davantage d’Algérie venaient de pays dans lesquels ils avaient côtoyé les Français et leur approche de la vie. Il y a eu certes un choc, un traumatisme, suite à leur départ pour la France mais il a vite été résorbé. N’oublions pas non plus que tous ces immigrants d’Afrique du Nord maîtrisaient le français, à des degrés divers certes, mais la langue leur était familière. Ces caractéristiques ont indéniablement influencé leur intégration au sein de la communauté juive française, mais aussi la façon dont les Juifs ashkénazes les ont perçus et accueillis.

En Israël, les événements ne se sont pas déroulés de la même façon. Rien de tout ce que je viens d’énoncer n’y était valable. Les Juifs d’Afrique du Nord se sont heurtés à une culture, à une langue, à une vision de la vie et de la religion qui leur étaient véritablement étrangères. C’est ce décalage qui explique aussi la méfiance et le rejet qu’ont pu leur témoigner les Juifs ashkénazes déjà installés en Israël.

Lph : Ces conflits sont-ils toujours d’actualité ?

I.D. : Le phénomène a évolué, sans doute. Le principe est le suivant : plus l’on s’éloigne du monde ‘haredi, plus le clivage séfarade/ashkénaze diminue pour disparaître quasiment dans les milieux très laïcs.

Lph : Comment expliquez-vous que de tels conflits et rejets soient possibles au sein même de notre peuple ?

I.D. : Pour être honnête, la différenciation entre séfarades et ashkénazes a un sens lorsque l’on est attaché aux pratiques et traditions religieuses. Dans le fond, un Ashkénaze n’en veut pas au Séfarade d’être Séfarade. Il aura tendance à s’en éloigner, dans les écoles ou pour les mariages, uniquement parce que leur façon de pratiquer les mitsvot est différente. C’est en quelque sorte un repli identitaire lié à la volonté de préserver les traditions ancestrales, la pratique du judaïsme. Il ne faut pas forcement voir cette différenciation comme un rejet de l’autre. Néanmoins, la tendance naturelle et compréhensible de préservation du patrimoine prend parfois des tournures extrêmes qu’il faut, bien sûr, condamner.

Lph : Les comportements extrêmes ont-ils une chance de disparaître ?

I.D. : Pour les raisons que j’évoquais, il y a peu de chances pour que cela évolue dans le milieu ‘haredi. Le monde sioniste religieux connaît certaines dérives dans le domaine mais se veut plus ouvert, avec une évolution visible des mentalités. Pour ce qui est des laïcs, on peut estimer que le clivage ne représente presque plus d’importance.

Lph : Au-delà des traditions ashkénazes et séfarades, les Hassidout Habad et Breslev attirent de nombreux francophones. Pourquoi ?

I.D. : Tout d’abord, ce sont les seules Hassidout qui vont vers eux et leur ouvrent leurs portes. Ensuite, vous aurez remarqué que Habad et Breslev ont une façon de vivre qui se rapproche de celle des Juifs séfarades avec une chaleur et une proximité humaine très fortes. Notons aussi que l’un des premiers centres Habad était au Maroc.

Ils n’en demandent pas trop aux gens : se réjouir, danser, pratiquer dans la bonne humeur.

Dans les deux hassidout, les gens ne sont pas jugés au nombre de pages de Guémara qu’ils sont capables d’étudier mais plutôt au nombre de Juifs qu’ils ont été capables de rapprocher de la pratique des mitsvot. Enfin, cette façon de pratiquer le judaïsme convient à l’état d’esprit qui ne marque pas les différences ashkénazes/séfarades.


Lph : Quelle est, selon vous, la contribution principale des Juifs Français à Israël ?

I.D. : La communauté juive française a beaucoup participé à la réduction des fossés entre les différentes composantes de la société israélienne. Les Olim français ont réussi à donner une image plus positive des Juifs séfarades, contribuant à les faire mieux accepter par l’establishment ashkénaze en Israël. Par ailleurs, ils ont amené plus de religion dans des lieux qui en étaient dépourvus : Tel Aviv ou Natanya n’ont jamais compté autant de restaurants cashers !

En d’autres termes, la principale contribution des Juifs olim de France est bien l’adoucissement des tensions dans la société israélienne.

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2 Responses to Itzhak Dahan Le rôle surprenant des Olim français

  1. dahan edmond

    le judaisme francais dans son ensemble est pro israelien/sioniste
    de par mon travail je me suis toujours senti a l’aise et toujours tres bien recu par toutes les communautes differentes ashkenaze sefarade haredim leoumiim et autres et toujours avec un esprit de retrouvailles
    shana tova tekatevou tehatemou lekol am israel

  2. Karine

    Bravo pour ce commentaire plein de justesse !
    La communauté française est à même de rapprocher les coeurs, et, pourquoi pas, de jouer le rôle de ciment qui manque tant à notre peuple.
    Et pourquoi ne pas être optimiste et avec quelques bonnes téfilot, ne pas envisager d’activer un changement de mentalité même chez les ‘Harédim (dont je fais partie) ?

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