Parachat Ki Tavo Au dessus du Mal

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L’un des passages les plus poignants de la paracha Ki Tavo se présente sous forme d’un contrat entre D.ieu et Son peuple. Le peuple juif est gratifié des plus belles bénédictions s’il se conforme aux lois de la Torah. Mais s’il n’écoute pas la voix de D.ieu, il sera frappé par toutes sortes de malheurs. De prime abord, ce système, on ne peut plus binaire, ne laisse place à aucune ambiguïté. Toutefois, il est difficilement conciliable avec le principe selon lequel « Le Mal ne descend pas du Ciel » (1). De grands Maîtres de la tradition juive nous ont expliqué cette apparente contradiction.

 

En ce qui concerne l’approche d’un évènement malencontreux, nous trouvons dans le Talmud deux affirmations, en apparence semblables. La première est attribuée à celui que l’on appelait Na’houm « Ich gam zou » qui affirmait devant une difficulté : « Gam zou létova » (Cela aussi, c’est pour le bien). La seconde fut celle attribuée à Rabbi Akiva qui avait coutume de dire, face à une difficulté, « Tout ce que D.ieu fait est pour le Bien ».

À propos de Na’houm « Ich gam zou », le Talmud (2) nous rapporte que les Sages d’Israël l’envoyèrent chez l’Empereur muni d’une boite contenant des pierres précieuses en guise de cadeau. En chemin, on lui vola le précieux contenu de la boite, que l’on remplaça par du sable. Quand il arriva au palais et que l’on ouvrit la boite, l’Empereur voulut le tuer pour s’être moqué de lui, mais Na’houm n’en fut nullement affecté et déclara sur le champ « Cela aussi, c’est pour le bien ». Aussitôt, le prophète Eliahou apparut sous l’aspect d’un dignitaire romain et expliqua à l’Empereur que le sable était peut-être celui dont Avraham se servait contre ses ennemis. On utilisa le sable sur un champ de bataille et les Romains remportèrent la victoire. En guise de remerciement, Na’houm quitta l’Empereur couvert d’honneurs et sa boite fut remplie de pierres précieuses. À un autre endroit, le Talmud (3) rapporte que Rabbi Akiva dut partir, une fois, en voyage. Pour cela, il prit une bougie, un coq et un âne. Arrivé dans un village, il demanda à y passer la nuit mais on lui refusa l’hospitalité. Là aussi, Rabbi Akiva ne fut pas contrarié. « Tout ce que D.ieu fait est pour le bien » se dit-il, et il partit s’installer dans la forêt. Au cours de la nuit, un lion s’attaqua à l’âne, un chat mangea la poule et un vent éteignit la bougie. Et là encore, Rabbi Akiva se dit : « Tout ce D.ieu fait est pour le bien ». Par la suite, il sut que la ville avait été attaquée par des voleurs, et qu’ainsi il avait pu être épargné de ce malheur. Bien plus, la poule et l’âne ne se firent pas entendre et la bougie (éteinte) ne révéla pas sa présence.

Le maître et l’élève

Nous ne devons pas nous méprendre et penser que ces deux affirmations sont identiques. Les mots de nos Maîtres sont précis à l’extrême et nous orientent chacun vers des directions différentes : Na’houm Ich gam zou, en affirmant « Cela aussi, c’est pour le bien » révèle dans ses paroles une foi que nous pourrions qualifier de directe. La situation négative est immédiatement bonne. Même si elle se présente sous un jour difficile, Na’houm Ich gam zou la perçoit comme une donnée positive. Le Bien est directement évident et le Mal n’existe pas.

Pour Rabbi Akiva, c’est légèrement différent. La situation qu’il vit dans l’instant est préoccupante, mais il est convaincu que plus tard, il n’en ressortira que de Bien. Il ne comprend pas, dans l’immédiat, ce qui lui arrive mais il sait que l’issue finale sera bonne.

Avant la délivrance

Ces différences peuvent s’expliquer facilement. Na’houm Ich gam zou vécut à la fin de l’existence du second Temple. Il était le Maître de Rabbi Akiva. Il bénéficia de la lumière divine émanant du Temple qui lui permettait de voir le Bien à travers toutes les situations, même celles qui se présentaient sous une dimension négative.

Rabbi Akiva, son élève, vécut la période qui suivit la destruction de Temple. Il ne put donc bénéficier du même degré de compréhension des voies de la Providence divine. Sa foi se situait à un niveau inférieur à celui de son maître. Sa perception du Bien était donc chez lui moins évidente.

Quant à nous, il nous reste un mérite. Celui de croire, malgré l’obscurité ambiante et loin de ces deux grands Maîtres. C’est notamment cette foi, simple et grandiose, qui fera venir le Messie et nous permettra d’assister à la reconstruction du troisième Temple.

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Notes

  1. Midrach Béréchit Raba et Midrach Téhilim

  2. Traité Taanit, p.21a

  3. Traité Bera’hot, p. 60b

RAV YAACOV SPITEZKI

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CHORACHIM

Le centre pour les étudiants francophones

Université Hébraïque de Jérusalem

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