« Le Monde » : lynchage médiatique à retardement ». tribunejuive.info

Filed under Actualité, Humeur
Bookmark and Share

Par  ⋅

Vendredi, le Monde annonce le premier dans la presse française la nouvelle du lynchage d’un jeune palestinien dans le centre de Jérusalem dans la soirée du jeudi 16 août.

Puis toute la presse reprend cette information,et le lynchage médiatique d’Israël commence.

 

 

 

 

 

Deux des suspects impliqués dans le lynchage d’un jeune Palestinien à Jérusalem

Le premier niveau concerne bien sur l’évènement lui-même. Cet enchaînement de violence abjecte qui pousse une bande de jeunes israéliens à rouer de coups jusqu’à le laisser dans le coma un jeune palestinien, Jamal Jouni, ne trouvera ici aucune excuse ni aucune tentative d’explication. C’est immonde et nous ne chercherons pas à justifier ce qui s’est produit par la situation du pays, ou d’autres balivernes. Ms Netanyahu et Peresont condamné cela très rapidement de la même voix, ainsi qu’une grande partie de la classe politique israélienne.Et tous ont été catégoriques pour stigmatiser cette violence gratuite, inutile et déshonorante . Donc là-dessus, il faut simplement transmettre l’information.

D’abord cette information tardive pourrait laisser croire que l’affaire a été étouffée en Israël. Mais non, toute la presse israélienne, relayée par la radio juive en France, a fait état de cette information dès la fin du shabbat. Si la presse française a deux semaines de retard elle pourrait au moins en faire humblement état, plutôt que de laisser planer ce doute. Toute la presse se contente de renvoyer à l’article du Monde, donc pas plus de recherches.

Il en est de même pour le reportage de nos amis de France-palestine qui le 30-08 reprend, comme si elles étaient des nouvelles fraiches, des informations sur l’état de santé du jeune homme en citant bien sa source Haaretz, mais pas la date de publication, le 21-08 (1).

Venons-en au traitement de l’information. Bien entendu, tout cela est présenté de manière plus que tendancieuse, et si vous ne craignez pas de perdre votre sang-froid, je vous recommande la lecture de l’article du Monde (2).

Le journaliste aurait pu souligner la rapidité avec laquelle cette affaire a été traitée par les forces de l’ordre, mais non, pas vraiment, il signale simplement au passage que neuf des assaillants présumés étaient déjà arrêtés et mis en examen dès le 21, et qu’ils n’ont pas déjà été relâchés comme cela se produit tant de fois ailleurs.

Il aurait aussi pu faire état de la vague de soutien populaire qui s’est immédiatement manifestée. Non il préfère focaliser son article sur la radicalisation de la jeunesse, et relater les déclarations de Sami Michaël sans nous dire qui il est. Écrivain de talent (si vous ne le connaissez pas, lisez « Une trompette dans le Wadi », c’est juste un bijou), c’est aussi un homme enraciné dans l’extrême gauche, fervent partisan de la création d’un État palestinien, et nostalgique invétéré de son pays natal, l’Irak.

ET L’ÉGYPTE , ET LA TUNISIE ,

Dernier point, et non le moindre, il me semble que la presse se fait peu l’écho des agressions et lynchages commis par des islamistes dans les pays qui ont connu récemment une révolution « libératrice ». Allez donc lire l’article du Monde sur les viols et agressions qui se produisent place Tahrir. Pas de traces de jugements d’égyptiens qui condamnent ces horreurs, et encore moins d’arrestations de suspects puisque ces faits n’arrivent pas à notre connaissance que quand les victimes ne sont pas égyptiennes et ne déclenchent jamais d’enquêtes.

Bizarrement le ton de l’article est bien moins virulent, et le fait qu’elles soient sans doute perpétrées par des militaires et se soient déjà produites sous Moubarak clôt le débat (3).

Et parlons enfin de la Tunisie. Nous avons relaté l’agression sauvage dont a été victimeJamel Gharbi. Bien sur Le Monde en a également fait état (4) (5).

Les deux articles du Monde dont je vous conseille la lecture ne sont pas violents à l’encontre des cinquante salafistes qui ont roué de coups (et non lynché, changement de contexte, changement de vocabulaire) M. Gharbi. Le titre du premier article dont vous avez le lien met entre guillemets les mots « roué de coups » et « traumatisé », donnant ainsi cette impression de rendre à M. Gharbi toute la responsabilité d’un vocabulaire aussi violent à l’encontre des révolutionnaires tunisiens que la plume du journaliste peine à stigmatiser. Pas tant de précautions envers Israël.

Le lendemain, en titre de l’article suivant : les excuses merveilleuses de Tunis envers M.Gharbi. Mais hélas pas d’arrestation, ni même de perspectives d’arrestation. Curieusement l’entêtement de M. Gharbi à maintenir sa plainte ne semble pas trouver un écho favorable : vindicatif, peu compréhensif face aux difficultés rencontrées par le gouvernement tunisen, dont la majorité est….islamiste ou salafiste, allez distinguer! La seule interrogation qui m’était venue à l’esprit après cette lecture est : « Mais que se serait-il passé au niveau des média si M. Gharbi était un citoyen lambda au lieu d’être un élu et si Laurent Fabius et Bertrand Delanoé n’avaient pas manifesté leur indignation?  »

UN GOÛT AMER

C’est pour tout cela que j’ai ce goût amer dans la bouche quand je lis Le Monde qui a réussi à  » annexer » l’ensemble de la presse française. Je ne répèterai jamais assez que l’acte relaté, l’agression gratuite et sauvage de jeunes palestiniens par une bande de jeunes juifs me révulse, et je ne défends cela en aucun cas.

J’aimerais simplement un peu plus d’équité dans le traitement réservé à Israël quand il s’y produit des évènements odieux, comme il s’en produit dans tous les pays du monde. Ici, en France, la violence faite aux jeunes filles dans les banlieues, et qu’il ne faut pas trop évoquer pour ne pas être taxé de racisme est quotidienne.

Il y a juste un an, à Dijon, se produisait un évènement dont aucun organe de presse national ne s’est fait l’écho : passage à tabac d’un jeune blanc, qui se baladait avec deux amis, un noir et un arabe qui n’ont pas intéressé les auteurs des violences (6).

Précisons que « Le Bien Public » est le quotidien régional de Dijon, et non un journal orienté politiquement à l’extrême droite. Ce silence peut aussi se mettre en parallèle avec le lynchage médiatique subi par Israël : il est des victimes qui n’intéressent pas, des auteurs de violence que l’on ne veut pas mettre sous le feu de l’actualité sauf s’il n’y a pas moyen d’y échapper, mais un traitement particulier sera réservé par Le Monde à tout ce qui se passe en Israël. Et le reste des média suivra.

Par Line Tubiana

Bookmark and Share

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>