Dans très peu de temps, l’année 5772 s’achèvera. Elle prend fin avec tous ses événements et ses vicissitudes. Des moments de joie et de peine, de bonheur et de chagrin, laissent la place à un nouvel espoir, d’autres attentes. Que l’année nouvelle nous apportera-t-elle ?
Trop souvent, nous nous retournons vers le temps écoulé et nous disons : « Comme l’année est passée vite, nous n’y avons pratiquement pas prêté attention ! » Trop souvent, nous avons l’impression de n’avoir pas exploité correctement la plus importante ressource de l’ère moderne. Les jours passent, l’année s’écoule, mais la mélodie persiste. Celle de l’amertume pour le temps perdu. Nos Sages ont dit : « L’homme se préoccupe de son argent mais ne soucie pas de ses journées ». En temps réel, il est conscient de la quantité exacte d’argent et de biens qu’il a perdus ; cependant, il a du mal à se rendre compte qu’il gâche et gaspille tellement de temps. Le début d’une nouvelle année constitue un excellent moment pour méditer sur ses actes et entreprendre un examen de conscience. C’est l’occasion de réfléchir aux changements qui s’imposent, de bien les planifier et se fixer des moyens pour les mettre en pratique. Le mois de Tichri doit interrompre la routine et l’indifférence. Sans lui, nous entamerions la nouvelle année sans même y prêter attention. Les malkhouyot, les zichronot et les chofarot à Roch Hachana, les jours de Techouva, de pénitence, séparant le 1er du 10e jour de l’année, puis Yom Kippour, suivi de la sortie de notre domicile fixe pour habiter dans une cabane temporaire à Souccot : tous ces moments servent à secouer l’homme et l’inciter à réfléchir une nouvelle fois, à se renouveler et se revigorer.
Cela est vrai sur tous les plans et dans tous les domaines. Dans notre rapport avec le Créateur, dans la vie conjugale et l’éducation des enfants, dans les relations de voisinage, au travail et dans les affaires, dans la politique locale et nationale. Partout où il s’agit du cours de la vie, il est souhaitable, maintenant, de s’arrêter et examiner, améliorer et corriger. Les derniers événements autour de nous et dans notre région nous montrent bien que tout peut changer et nous donnent confiance en notre capacité de regretter et réparer. Des régimes bien établis, qui gouvernaient leurs citoyens implacablement et d’une main de fer, se sont effondrés en peu de temps et ont disparu comme s’ils n’avaient jamais existé. Il n’y a aucune raison pour que nous ne réussissions pas à nous débarrasser de certains tyrans internes incarnant les habitudes intellectuelles et comportementales qui nous dominent depuis des années. Il nous reste tout simplement à nous tenir sur notre place intérieure de l’affranchissement puis crier et protester, jusqu’à ce se produise une mutation consciente qui nous conduira vers une métamorphose dans notre conduite et nos mœurs.
Le Chabbat suivant Roch Hachana, Chabbat Techouva, nous lirons dans la Torah la paracha Ha’azinou, une poésie qui inclut également des remontrances. L’un des versets, devenu une expression courante, décrit l’avenir du peuple d’Israël : « Yechouroun, engraissé, regimbe ». Le terme Yechouroun est généralement une appellation élogieuse désignant le peuple juif comme dans la paracha suivante, Vezot HaBrakha, lorsque Moché bénit les tribus : « Ainsi devint-Il roi de Yechouroun ». Alors pourquoi utilise-t-on le nom Yechouroun au beau milieu de ces sévères remontrances ? Nous pouvons répondre à cette question de diverses manières qui nous apprendront certains principes pour notre vie courante. A. « Israël, bien qu’ayant fauté, reste Israël » et même s’il engraisse et regimbe, il conserve le nom de Yechouroun, car dans son for intérieur il reste saint. B. C’est précisément la relation d’affection et d’amour à l’égard du transgresseur, exprimée dans le nom Yechouroun, qui peut l’inciter à se repentir. C. Nous apprenons que ce ne sont pas uniquement les gens modestes du peuple qui peuvent commettre des erreurs mais également les personnes aux places les plus hautes.
Il existe une autre réponse qui peut être rattachée à ce que nous avons énoncé ci-dessus concernant la vie quotidienne et une bonne exploitation du temps. Le rôle de l’huile consiste à polir et permettre aux choses de se déplacer et fonctionner sans interruptions et sans gêne. Le Ram’hal (Rabbi Moché ‘Haïm Luzzatto), dans son livre Messilat Yecharim, « La voie des Justes », compare le cynisme et la moquerie à un bouclier enduit d’huile, faisant glisser toutes les flèches de la critique et de la morale, les empêchant ainsi de parvenir jusqu’à l’homme. De même, le nom Yechouroun fait allusion à un chemin droit (yachar) et lisse, sans obstacles. La routine risque parfois d’exercer une emprise sur la pensée de l’homme et de l’amener à s’écarter de toute méditation de repentir et de réparation.
Je souhaite à tous les lecteurs du P’tit Hebdo une année bonne et bénéfique et qu’ils soient inscrits et scellés dans le Livre de la vie. Ktiva va’Hatima tova.
Rav Haim Amsellem
Traduit par Arielle Kouchnir