À quelques jours de Roch Hachana, le moment où D.ieu décide de notre avenir, qui ne tremble pas ou ne ressent pas une certaine inquiétude ? Pourtant la paracha Nitsavim nous révèle une proposition bien curieuse du Créateur dont l’ambivalence vient contraster fortement avec le climat austère, voire pesant de ces jours : « …J’ai placé devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction… tu choisiras la vie… ». Et effectivement, à l’approche du Jour du jugement qui ne choisira pas la vie ?
L’affirmation est étonnante, voire déroutante. Comment D.ieu peut-Il nous imposer quelque chose de si important ? Certains diront que le texte s’adresse à des individus qui n’ont plus goût à la vie et qui songent à y mettre un terme. Mais cette option ne peut pas être prise en compte parce que la Torah s’adresse à chaque Juif, qu’il soit grand ou petit, serein ou déprimé, confiant ou incertain de ses choix. La question reprend donc toute sa force : choisir la vie peut-il procéder d’un ordre ?
Toujours plus haut
Nos Maîtres nous proposent deux réponses qui, bien que différentes, se rejoignent, au final. Lorsque le verset affirme que D.ieu a placé devant nous la vie et la mort, il décrit allusivement deux pôles extrêmes de l’existence : la spiritualité et la matérialité. La vie, c’est la spiritualité car elle peut nous porter sans cesse vers des degrés toujours plus hauts. Elle affine notre perception du monde et nous rend toujours plus sensibles aux besoins d’autrui. La mort, au contraire, symbolise ici la matérialité parce tout ce qui est lié avec ce domaine est amené, tôt ou tard, à se décomposer pour disparaître. L’existence de la matière est provisoire alors que celle de la spiritualité est éternelle. En tenant compte de cette approche, on peut facilement comprendre pourquoi D.ieu nous demande de choisir la vie, comme si nous pourrions être tentés de choisir son contraire : choisir la vie (la spiritualité) exige un effort permanent et un dépassement de soi. Il faut donc un ordre, une contrainte. Alors que l’attrait de la matière et des plaisirs du monde est une tendance quasi naturelle chez l’homme. Mais cette tendance peut l’amener à se détruire. C’est la raison pour laquelle D.ieu nous demande de choisir la vie.
Le feu intérieur
À partir de ce choix imposé, on peut comprendre une seconde explication : l’ordre de choisir la vie signifie aussi l’injonction d’introduire de la vie (de la vitalité) dans notre pratique du judaïsme, de manifester un enthousiasme toujours plus grand pour l’étude et la pratique. Et à ce stade de réflexion, on devine aisément que les deux commentaires sont liés : si l’on choisit la spiritualité, ce choix ne peut se renforcer en nous que si nous le vivons avec exaltation et ferveur, en cherchant constamment à nous dépasser par un feu intérieur. On peut toutefois noter une contradiction entre la valeur de ce choix et l’actualité du moment. Nous venons de voir que D.ieu attend de nous qu’il repousse la matérialité pour accorder une place déterminante à la spiritualité. À quelques jours de Roch Hachana, cette alternative peut nous laisser perplexes. Il est vrai que durant cette solennité, nous proclamons la royauté de D.ieu sur le monde, mais nous Lui demandons dans le même temps de pourvoir à tous nos besoins matériels ! Or nous venons de voir que cet aspect de la vie ne devait avoir qu’une place très réduite au sein de l’existence juive ! La réponse tient en peu de mots, tout en étant essentielle. Si nous demandons la santé, une large subsistance et le confort matériel, ce n’est pas pour le profit que nous allons en tirer mais pour que ces avantages nous permettent de mieux servir le Créateur. Ils ne seront qu’un moyen (et non une fin) pour devenir plus authentique. Plus que nous l’étions l’an dernier.
RAV YAACOV SPITEZKI
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