La tragédie occultée des Juifs des pays arabes. http://hamodia.fr

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Par Laly Derai,

 

Réfugiés juifs : un terme qui regroupe à lui seul des décennies de douleur, des années de spoliations, des centaines de milliers de biens laissés en déshérence. On estime à plus de 850 000 le nombre de Juifs issus de pays musulmans forcés de quitter leur pays d’origine suite au conflit israélo-arabe et à la création de l’État d’Israël. Ils y ont tout laissé. Aujourd’hui, grâce au ministère des Affaires Etrangères, ce douloureux dossier refait surface et c’est donc l’État d’Israël, soutenu par de nombreuses associations un peu partout dans le monde, qui mène ce combat contre l’oubli. Un dossier politique et historique.

Pour la première fois depuis 2 000 ans, il n’y aura pas d’offices de Roch Hachana et de Yom Kippour dans l’antique synagogue Éliahou Hanavi d’Alexandrie. L’information était visible sur un site Internet : « En Égypte, la vie juive prend fin après 2 000 ans ». Les autorités égyptiennes en ont décidé ainsi. Elles ne peuvent/ne veulent pas assurer la sécurité des fidèles juifs…
Ce scénario, il faudrait le multiplier pas plusieurs milliers pour comprendre un tant soit peu ce qu’ont vécu les quelque 850 000 juifs forcés de quitter leur pays d’origine au Liban, au Yémen, en Libye, en Syrie, en Irak… Le déchirement, la crainte de tout quitter et l’impossibilité de faire autrement, la certitude qu’on va laisser là tout un passé et l’incertitude quant à l’avenir. Le départ, avec quelques pièces en poche, et une valise, les seules choses que le gouvernement permettait de prendre avec soi mis à part les cicatrices du passé… L’arrivée : la terre d’Israël certes, la joie de s’y installer, mais aussi les camps de transit, les « Maabarot », les tentes en plein désert, la promiscuité.
Lorsqu’on parle de réfugiés dans le cadre du conflit israélo-palestinien, un réflexe quasi pavlovien consiste à ajouter le mot « palestiniens ». Chaque année, aux alentours du Jour de l’Indépendance de l’État d’Israël, les Palestiniens et les Arabes israéliens célèbrent la Naqba, la « catastrophe » que représente pour eux, la création de l’État d’Israël suivie par leur fuite ou leur expulsion de Palestine. Le narratif est le même depuis des années. Et sur le plan politique et diplomatique, on peut dire que longtemps l’État d’Israël est resté passif.
Mais les choses ont récemment changé. Car depuis l’entrée d’Avigdor Lieberman et surtout de son vice-ministre, Dany Ayalon, au ministère des Affaires étrangères, le douloureux dossier des réfugiés juifs des pays arabes refait surface.
Est-ce le passé d’Ayalon, lui-même fils d’un réfugié juif d’Algérie contraint de fuir son pays, qui le pousse à rappeler cette affaire à chaque occasion ? Est-ce tout simplement une volonté de justice ? D’équité ? De morale ? Quoi qu’il en soit, les réfugiés juifs des pays arabes ne vivent désormais plus dans l’ombre. Il y a toutefois beaucoup de chemin à faire jusqu’à ce que leur tragédie fasse partie intégrante de l’histoire du pays, qu’elle soit racontée dans toute son ampleur dans les manuels de classe israéliens ou peut-être un jour, qui sait, qu’un musée soit érigé en l’honneur des Juifs de l’exil oublié…
Les spoliations n’ont pas attendu la création de l’État d’Israël
Dès les années 1930, avec la montée du nationalisme et à l’initiative de la Ligue Arabe, les Juifs sont devenus des boucs-émissaires et des fédérateurs d’union nationale arabe. Puis, des appels au meurtre et des pogroms ont un peu partout jailli au Moyen-Orient et au Maghreb. Dans les semaines suivant le vote de l’ONU sur le partage de la Palestine, en 1947, les menaces de nombreux délégués arabes à l’encontre des populations juives autochtones ont été mises à exécution et l’on a assisté à de nombreux massacres et pogroms, souvent orchestrés par les autorités officielles des pays concernés faisant des centaines de victimes et causant des pertes matérielles se montant à des millions de dollars. L’expulsion des Juifs a été l’occasion d’innombrables actes de violence contre les populations juives locales par les masses arabes ainsi que de la dépossession de leurs biens. Lors de la déclaration d’Indépendance de l’État hébreu en 1948, la situation des Juifs empire dramatiquement, d’autant que les pays arabes s’engagent ou soutiennent la guerre contre Israël (voir encadré).
À l’origine, le problème des réfugiés juifs semblait pourtant toucher la scène internationale. C’est ainsi qu’en février 1957, Auguste Lindt, Haut-commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, écrit dans son rapport : « Un autre problème urgent est en train d’apparaître : celui des réfugiés (juifs NDLR) venant d’Égypte. Il ne fait aucun doute dans notre esprit que ces réfugiés d’Égypte, qui ne sont pas en mesure d’être placés sous la protection de leur gouvernement, tombent de facto sous la responsabilité de mes services ». Le 6 juin 1967, le docteur E. Jahn, également membre du commissariat des réfugiés, affirme : « Je me réfère à nos récentes discussions concernant la situation des Juifs originaires du Proche-Orient et d’Afrique du Nord après les récents événements. Je suis désormais en mesure de vous informer que de telles personnes peuvent être considérées, à première vue, comme relevant du mandat de notre office ».
Tout est question de sémantique
Tout au long de l’histoire des tentatives de résolution du conflit israélo-arabe, le problème des réfugiés palestiniens a été considéré comme l’un des écueils les plus sérieux. Mais ce que l’on ne sait pas, c’est que dans le cadre des accords de paix, résolutions et autres initiatives de paix, il a toujours été cas de « réfugiés » et jamais de « réfugiés palestiniens ». Le terme générique de « réfugiés » – incluant de facto tant les Palestiniens que les réfugiés juifs chassés des pays arabes – est ainsi utilisé dans la fameuse résolution 242 adoptée le 22 novembre 1967. Il y est indiqué qu’un accord de paix devra nécessairement inclure une juste solution « du problème des réfugiés ». Le représentant russe avait pourtant tenté de limiter cet alinéa aux seuls réfugiés palestiniens. Mais sa demande fut repoussée. Le représentant américain à la rédaction de ce texte, Arthur Goldberg, fournira d’ailleurs son explication : « Une omission notable dans la résolution 242 est l’absence de toute référence aux Palestiniens, à un État palestinien en Cisjordanie ou à l’OLP. Les termes choisis se rapportent aussi bien aux réfugiés arabes qu’aux réfugiés juifs, car on compte un nombre à peu près égal de personnes de chaque ensemble qui ont été amenées à abandonner leurs foyers à la suite des différents conflits ».
Le 27 octobre 1977, Jimmy Carter avait affirmé, lui aussi : « Les Palestiniens ont des droits, mais il est évident que les réfugiés juifs ont aussi les mêmes droits ». Lors des accords de 1979 avec l’Égypte, il fut également mentionné clairement qu’une coopération était nécessaire « pour trouver une solution au problème des réfugiés ».
Plus tard, en 1991, lors de la conférence de Madrid, le secrétaire d’État américain, James Baker, dans ses propos liminaires, avait tenu à ne faire aucune distinction entre réfugiés juifs et réfugiés arabes, préférant parler de « populations de la région qui ont été déplacées de leurs foyers ».
Enfin, la « Feuille de Route », mise au point par le Quartet en avril 2003, demeure dans la même imprécision volontaire parlant d’une « solution acceptable, juste et réaliste du problème des réfugiés ».
L’histoire qui a été tue
Il y a un mois, l’ONU célébrait la journée internationale du réfugié. Seul un groupe de réfugiés a été oublié. Volontairement. Celui des réfugiés juifs des pays arabes. 850 000 Juifs chassés brutalement, spoliés, violentés… Le silence des nations face à cette tragédie est une injustice flagrante. Le festival du deux poids deux mesures, qui place d’un côté de la balance les réfugiés palestiniens et les budgets astronomiques dont ils jouissent et de l’autre, les réfugiés juifs, dont le sort n’a pas été débattu ne serait-ce qu’une seule fois par les instances onusiennes, est caractéristique du narratif actuel pour tout ce qui concerne le conflit israélo-arabe.
Le réveil tardif d’Israël va peut-être contribuer à faire pencher cette balance du côté de la justice…

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