Les pays arabes sont responsables de la création des deux groupes de réfugiés. http://hamodia.fr

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Par Laly Derai,

Jean Claude Niddam a longtemps été au sein du ministère de la Justice, le juriste responsable du département des biens spoliés aux Juifs dans les pays arabes. Et il est considéré comme l’expert israélien de ce délicat dossier qui a été désormais confié au ministère des Retraités. C’est son département qui a en effet réalisé au fil des ans, la majeure partie de l’imposant travail d’enregistrement, de documentation et d’analyse qui se rapporte à ces réfugiés juifs. À l’occasion de la réunion des instances chargées du dossier, qui s’est tenue cette semaine à Jérusalem, il a accepté de rencontrer Hamodia pour faire le point.

- Hamodia : Où en est-on aujourd’hui dans le dossier des biens spoliés aux Juifs des pays arabes ?
- Jean-Claude Niddam : Notre département est parvenu à sauver littéralement des milliers de documents qui, sans notre travail, auraient été jetés aux oubliettes de l’histoire. Il s’agit de données recueillies à l’échelon national et international et leur perte aurait purement et simplement effacé tout un pan de l’histoire du peuple juif. Le but consiste certes à demander au bout du compte des compensations pour les biens privés ou communautaires abandonnés, confisqués, expropriés ou volés aux communautés juives dans leurs pays d’origine. En établissant un listing de ces biens, nous pouvons  » extrapoler  » et savoir plus ou moins à combien se montait la valeur des richesses juives abandonnées en pays arabes. Ce qui est certain, c’est qu’elles sont bien supérieures aux prétentions des Palestiniens…
Mais ces archives constituent bien plus que cela. Il s’agit d’un témoignage d’une valeur inestimable, de l’histoire de ces communautés à la veille de leur extinction. Grâce aux décisions gouvernementales, nous avons élargi cette campagne de documentation. Il faut également signaler que le département est à l’origine de cette prise de conscience du statut des réfugiés juifs ici en Israël, mais aussi sur le plan international, via la documentation envoyée un peu partout dans le monde.
- Comment avez-vous eu accès à ces documents ?
- Il faut comprendre que les réfugiés juifs prenaient des risques terribles en faisant sortir du pays leurs actes de propriété. Une personne qui contrevenait à l’interdit lancé par les autorités se mettait en danger de mort. Mais nous avons malgré tout réussi à mettre la main sur de nombreux documents. En outre, des témoignages directs ont été récoltés dans les années 50 parmi les olim d’Irak et d’Égypte notamment à la descente même de l’avion. Vous comprenez donc la valeur de chaque document, d’autant plus qu’aujourd’hui, nous faisons face à une pénurie de dépositions puisque seuls 25 % des réfugiés sont aujourd’hui vivants et peuvent fournir un témoignage direct de ce qui s’est passé.
Nous travaillons en collaboration avec des organisations israéliennes et étrangères, surtout américaines, et cette coopération porte ses fruits, tant sur le plan de l’enregistrement des biens que sur celui des campagnes diplomatiques et médiatiques. Main dans la main avec ces organisations, nous avons réalisé un travail de hasbara phénoménal qui s’est conclu par la résolution historique adoptée en 2008 par les deux chambres américaines et reconnaissant le statut des réfugiés juifs des pays arabes, ainsi qu’une reconnaissance du problème des réfugiés juifs par le Canada et, nous l’espérons bientôt, par l’Union européenne.
- Au niveau politique et diplomatique, quels changements constatez-vous ces dernières années ?
- On peut dire que depuis quelques années, le narratif israélien sur ce dossier a changé. Si les ministres des Affaires étrangères précédents étaient réticents à l’idée de soulever ce sujet sur la scène internationale, par crainte de représailles palestiniennes ou par manque de confiance en eux, aujourd’hui, Israël en tant qu’État parle haut et fort de trois points : tout d’abord, il rappelle qu’il existe deux populations de réfugiés au Moyen Orient, les réfugiés palestiniens et les réfugiés juifs. Ensuite, nous soulignons que les réfugiés juifs étaient plus nombreux que les Palestiniens (856 000 contre 726 000). Enfin, nous rappelons que ce sont les pays arabes qui, en refusant le plan de partage, se sont rendus responsables de la création de ces deux groupes de réfugiés. Je voudrais d’ailleurs citer une personnalité arabe qui, en 1976, déclarait : « Les armées arabes sont entrées en Palestine [en 1948] pour protéger les Palestiniens contre la tyrannie sioniste, mais, ils les ont en fin de compte abandonnés, forcés à émigrer et à quitter leur patrie, leur ont imposé un blocus politique et idéologique et les ont jetés dans les prisons similaires aux ghettos où les Juifs vivaient en Europe de l’Est, comme si nous étions condamnés à échanger nos places avec la leur. Les États arabes ont réussi à disperser le peuple palestinien et à détruire leur unité ». Cette personnalité, c’est Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne…

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