Yom Kippour
C’est certainement le point culminant du mois de Tichri et même de l’année toute entière. L’essence de ce jour remue véritablement l’âme juive et lui apporte le pardon. Il ne s’agit pas bien sûr de quelque chose de magique, d’automatique. Et le texte du Lévitique qui évoque Yom Kippour est très explicite à ce sujet : « En ce jour… vous serez purifiés devant l’Éternel… », mais le verset commence par la condition « Vous vous purifiez (d’abord) vous-même ». Et la Michna Yoma de stipuler : « Celui qui dit : je pécherai et je me repentirai, cette faculté de faire Techouva ne lui sera pas accordée ».
Comment être pardonné ? La réponse est claire dans la liturgie de ce jour : « par la Techouva, la Tefila, la Tsedaka ». Une fois de plus le dicton : « traduction = trahison » se vérifie dans l’explication classique de ces trois termes.
Retour à la source… Techouva que l’on s’accorde pour traduire par Repentance (adoption d’une nouvelle attitude) signifie en fait « retour à la source ». Car de par son essence un juif ne veut et ne peut que le bien. La faute, expliquent les Maîtres du « Hassidisme », n’est qu’un accident de parcours. De la poussière qu’il suffit d’enlever de la fenêtre pour que le soleil brille, plus resplendissant que jamais.
Tefila est habituellement rendu par le mot prière (c’est-à-dire une demande qui s’avère superflue lorsque nos besoins sont inexistants) alors qu’il s’agit en fait de bien plus que cela : attachement véritable (Tafel) à D.ieu.
Enfin la traduction exacte de Tsedaka n’est pas charité, mais justice. En effet, l’argent nous a été confié par Dieu en dépôt, et c’est donc une obligation de le partager avec autrui.
Responsabilité collective
Dans la prière où sont énumérées toutes les fautes commises pendant l’année écoulée, c’est un pluriel – nous – qui est utilisé. Même le plus grand des Tsadikim, des Justes, prononce le Al ‘Het. Ceci vient souligner l’unité et la responsabilité collective qui doit régner au sein du peuple juif. On connaît l’histoire de cet homme qui perçait un trou dans la coque d’un bateau. Comme on lui faisait remarquer qu’il mettait ainsi de nombreuses vies humaines en danger, il répondit : « Mais quoi ! C’est ma place. Je l’ai louée et je peux y faire ce que je veux ».
Rares sont ceux qui ne vont pas à la synagogue à Yom Kippour. Illogique ! Oui, vraiment. La Techouva, le retour à D.ieu demande que nous nous transcendions. On comprend dès lors pourquoi les Sages disent du Grand Pardon qu’il est un Yom Ki-Pourim, un jour comme Pourim. Il s’agit là plus que d’un simple jeu de mots.
Pourim, joyeusement célébré par des banquets, semble être à l’opposé du Grand Jeûne. Mais les deux fêtes sont intimement liées par l’idée de tirage au sort, en hébreu : « Pour ». Celui d’Aman pour préciser à quelle date devaient être exterminés tous les Juifs de Perse. Et le tirage au sort des deux boucs pour indiquer lequel revenait à D.ieu et lequel à Azazel.
Tirer au sort, c’est n’utiliser ni l’intuition, ni l’intelligence dans un choix que l’on doit faire. Et c’est à ce niveau que se situe le lien intrinsèque qui nous unit au Créateur… À chaque instant et en particulier le jour de Kippour. Ainsi, bien que le judaïsme nous enseigne le respect du corps, pendant vingt-cinq heures nous devons mettre de côté toutes nos préoccupations matérielles, notamment en jeûnant. Un estomac bien rempli cadre mal avec l’inquiétude morale. Il est cependant dommage que les « Juifs de Kippour » ne possèdent dans leur univers religieux que l’écho de la crainte du jugement. Celui qui vit son Judaïsme vingt-quatre heures sur vingt-quatre sait bien que les journées austères trouvent leur aboutissement dans la joie débordante de Souccot puis de Simh’at Torah. D.ieu n’est-il pas à la fois Avinou – notre père – et Malkénou – notre roi ? D’où cette double attitude de « Réjouissez-vous en tremblant », et Rabbi Yehouda Halévi d’enseigner dans le Kouzari que la Torah se vit « dans la crainte, l’amour et la joie ».
RAV YAACOV SPITEZKI
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