Les grands-parents d’aujourd’hui Mais qui sont-ils ?

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Est-ce un cliché de dire que la modernité, le monde dans lequel nous vivons, ont déplacé nos repères familiaux ? Les lignes intergénérationnelles bougent, cliché ou pas, cela n’en demeure pas moins une réalité. Nous vivons plus longtemps, D’ merci, nous travaillons plus aussi, les parents de la jeune génération décident souvent de mener de front carrière et famille, et leurs propres parents jouent donc un nouveau rôle aussi. Être grands-parents aujourd’hui n’est plus synonyme de vieillesse.

Ces grands-parents d’aujourd’hui, qui sont-ils ? Comment se considèrent-ils ? Nous sommes allés les trouver pour le leur demander. Trois charmantes grands-mères se sont prêtées au jeu des questions/réponses et nous livrent leurs sentiments sans détour.

Voici les questions :

  1. Comment définissez-vous votre rôle de grand-mère ?

  2. Vous sentez-vous différente de votre grand-mère dans ce rôle ?

  3. Une grand-mère doit-elle parfois dire non aux sollicitations ? (Y parvient-elle?)

Nicole Zerah

2 enfants, 10 petits-enfants

 

  1. Pour moi, être grand-mère c’est pouvoir profiter de mes petits-enfants. J’aime faire des choses extraordinaires avec eux, au sens propre du terme. Mon rôle de grand-mère est d’emmener mes petits-enfants faire toutes les merveilleuses choses qu’ils ne peuvent pas faire avec leurs parents faute de temps. Je crois que ma mission est là : les sortir, les emmener à un concert, faire une visite, un resto, découvrir un lieu original. En un mot : les rendre et les voir heureux.

  1. Nos grands-parents avaient besoin de nous. Aujourd’hui c’est plutôt l’inverse. Nous allions rendre visite à nos grands-parents, nous allions les aider. Il y avait une relation de déférence, de respect très différente, même si bien entendu, nos petits-enfants nous respectent aussi. Mais la répartition des rôles n’était pas la même.

  1. Franchement, je dis rarement non. Je n’aime pas ne pas répondre aux sollicitations. Néanmoins, il est vrai qu’il est important de savoir le dire. Pour ma part, j’ai une belle-fille très raisonnable, qui ne m’en demande pas trop : j’ai mes petits-enfants un jour par semaine, ce qui est un grand bonheur. Le reste du temps, je ne suis appelée que lorsque cela est vraiment indispensable.

  1. Vous êtes une retraitée active. Est-il difficile de se consacrer à son rôle de grand-mère en parallèle ?

C’est vrai que je pourrais même remplir une semaine de 15 jours ! Plus sérieusement, il suffit de répartir son temps intelligemment. J’élabore un programme chaque semaine, chaque jour et je m’y tiens, sauf imprévu. Je m’efforce d’être organisée. Et puis, comme je l’ai souligné, je ne suis pas sollicitée de manière abusive par mes enfants et petits-enfants.

Ruth Zelmati

4 enfants, 4 petits-enfants

 

  1. Pour moi, être grand-mère c’est être là quand mes enfants ont besoin de moi. Mais c’est aussi faire le lien entre les frères et sœurs, et les cousins et cousines. Cette préservation du lien familial est peut-être la mission qui compte le plus pour moi. Puisque je travaille comme traiteur, je ne dispose pas non plus de beaucoup de temps. Alors, j’ai fixé d’organiser un shabbat chez moi toutes les trois semaines avec tous mes enfants et petits-enfants. C’est pour moi un des moyens de mettre en œuvre mon rôle de grand-mère en transmettant un message de fraternité, d’unité entre les membres de ma famille, quels que soient les styles et les tendances, le parcours de chacun et son idéologie.

  1. Nos grands-mères étaient beaucoup plus passives, elles ne travaillaient pas et n’avaient donc pas cette préoccupation économique. C’était davantage les enfants et les petits-enfants qui allaient vers elles que le contraire. Cette évolution est sans doute due aussi à celle de la jeune génération. Les jeunes parents ne sont plus les mêmes non plus, ne gèrent plus leur vie avec les mêmes priorités.

  1. Cela m’arrive de dire non lorsque je suis vraiment fatiguée, notamment en raison de mon travail. En revanche, je ne transige pas sur le shabbat familial que j’organise coûte que coûte. Mais il est vrai que parfois les enfants nous croient increvables. Enfin, je préfère qu’ils exagèrent dans ce sens, cela contribue à créer cette harmonie familiale à laquelle je tiens plus que tout.

  1. Vous êtes la maman de  »Shousha », Anaëlle, cela fait-il de vous une grand-mère originale ?

Lorsque ma fille a fait l’émission  »Meroutz Lamillion », elle m’a laissé son bébé pendant un mois. Je n’étais alors plus une grand-mère : j’étais redevenue une maman de 30 ans ! Je me suis occupée de ma petite-fille comme je le faisais de ma fille, nous sommes d’ailleurs particulièrement proches maintenant. Et cela continue, puisqu’Anaëlle présente une émission TV et me laisse donc la petite pendant les tournages. C’est un sacrifice que je consens à faire dans la mesure où il s’inscrit dans un projet de ma fille qui lui permet d’avancer et de s’épanouir. Je serai prête à le refaire pour chacun de mes enfants.

Linda Attali

4 enfants, 1 petit-fils

 

  1. Pour moi, être grand-mère c’est d’abord de voir ma fille mère. Cela rentre dans une sorte de continuité de la regarder grandir : l’accompagner, voir comment elle découvre et vit la grossesse, l’accouchement puis la maternité. Je suis très heureuse et très fière de l’observer. Au début, cela m’a fait bizarre de passer au statut de grand-mère : à la fois une grande joie et une remise en question de ma propre identité. L’image que j’avais de moi avait désormais changée. Finalement, j’ai laissé le lien se faire naturellement et je peux dire que c’est l’enfant qui crée la grand-mère. C’est lui qui m’a aidé à accepter mon nouveau statut. Le premier petit-fils nous a donné un coup de jeunesse !

  1. Ce qui change par rapport à ma grand-mère c’est d’abord la capacité de communiquer. Ma grand-mère ne parlait pas le français. Alors, il y avait beaucoup d’affection entre nous, mais moins de partage. Ma mère est aussi une grand-mère différente : elle fait beaucoup don de soi. Moi, j’ai moins le temps, je travaille.

  1. Après avoir été très proche de mes enfants, les avoir vus grandir, je me consacre maintenant à ma vie professionnelle. Je suis une grand-mère assez libre. J’accompagne, je réfléchis aux cadeaux qui pourraient faciliter la vie ou aider à l’apprentissage de l’enfant. Je reçois tous mes enfants un shabbat sur deux, pour ma plus grande joie. Mais, n’habitant pas la même ville que ma fille, je ne peux pas participer au quotidien. La question de dire non ne se pose donc pas vraiment en ce qui me concerne. Au contraire, ce quotidien me manque. Par ailleurs, je pense qu’une mère doit assumer ses enfants. Moi-même, je n’ai pas toujours laissé la part aux grands-mères. Une femme trop aidée risque de moins apprendre à découvrir ses enfants, et de passer à côté de choses essentielles. Parallèlement, une grand-mère doit avoir aussi son temps pour elle, ses activités. Elle doit pouvoir trouver son équilibre.

  1. Vous avez le bonheur d’avoir aussi vos propres parents. Vous sentez-vous prise entre plusieurs générations ?

Pas vraiment. C’est exact, cela demande un effort affectif, un investissement pour être à l’écoute de chacun. Mais, mes parents sont des gens très autonomes. Quand je vais chez ma mère, je mets encore les pieds sous la table. Ma mère joue toujours son rôle de mère avec moi : elle me guide, me donne des leçons de vie. Elle m’apprend énormément et notamment dans ma façon d’être moi-même grand-mère. Mes parents sont plus donneurs que receveurs. Ils m’apprennent à vieillir.

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