Docteur Gilles Morali
Gastro-entérologue. Écrivain

Depuis que la référence familiale est réduite à la famille nucléaire (c’est-à-dire depuis la révolution industrielle qui a commencé il y a près de deux siècles), les grands-parents n’ont plus fait partie intégrante de la famille. Ils se contentaient de faire figure de « visiteurs », qui devaient combler de cadeaux leurs petits-enfants. Étant donné l’allongement de l’espérance de vie, les grands-parents accompagnent beaucoup plus longtemps leurs enfants et petits-enfants, et leur rôle s’en trouve modifié : de visiteurs ils deviennent membres à part entière de la famille, et en sont partie prenante. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’ils sont le support de toute la famille, mais ils nous permettent certainement de dépasser le cadre de la famille nucléaire pour atteindre, un tant soit peu, la notion de communauté, voire de tribu. Finalement ils nous réapprennent le vivre-ensemble, dans la diversité, que l’homme moderne avait perdu. Certainement un avant-goût de la guéoula où tout Israël vivra ensemble sous une même soucca. Alors, vive les papis et les mamies !
Hanna Zini
Enseignante
Le matérialisme ne saisira jamais le contenu puissant de la crainte de Dieu. Or c’est ce matérialisme venu et de notre société occidentale, et fortement imposé par elle, qui a faussé la donne depuis quelques décennies. Il fut un temps, pas si lointain, où plusieurs générations vivaient autour d’une même cour. La chaîne se perpétuait naturellement. Les incroyants se disent libres de toute chaîne et mettent en exergue leur individualité. Le monde juif nous prouve que seule la collectivité permet à l’individu de développer son être particulier. Et dans cette collectivité, chacun a un rôle bien défini. Or il s’avère qu’un bouleversement s’est opéré : le Juif, dont l’essence même est d’être bon et droit, a perdu ses repères depuis que la société lui impose ce défi de « paraître » et d’être productif. À une époque où, dans le monde du travail, on est déjà vieux à quarante ans, il fallait que les grands-parents soient « rentables » : ils sont tombés dans le piège de se sentir obligés d’être un « support ». Les difficultés en tout genre – et surtout matérielles – ont créé une situation dans laquelle les nouvelles générations ne peuvent se marier, étudier, fonder une famille qu’à la condition d’avoir le support des parents ou grands-parents.
Et pourtant, nous rappelons chaque jour que notre existence ne tient que sur l’héritage spirituel de nos aïeux et le comportement de leurs descendants : l’obéissance d’Isaac envers Avraham, celui des tribus vis-à-vis de Yaakov, la droiture de Yossef au simple « souvenir » de son père, etc… Même si certains grands-parents sont consentants pour jouer le rôle de support, il serait bon de retrouver une conscience morale réciproque qui voudrait que la jeune génération agisse comme elle se doit, et bannisse l’attitude d’exploiter ou de solliciter les grands-parents tant qu’ils sont valides, et de les confier à des mains étrangères au moment de leur vieillesse.
Ni la gloire, ni les diplômes, ni l’argent ne sauront transmettre nos valeurs de la Torah ainsi qu’il est écrit dans Psaumes 145 : » Ta royauté est une royauté éternelle et Tu gouverneras toutes les générations ». Le dévouement et l’attachement inconditionnels aux grands-parents, sans aucune dépendance ni support quelconques, relèvent de la crainte de Dieu.
Pierre Caïn
Médecin retraité
Concepteur d’Info’SION (Jérusalem-capitale, Israël))
Oui ! Ils demeurent le support moral. La joie qui préside à la fête de Souccot n’est pas vraiment possible pour un peuple, ou pour une famille, sans les moments d’unanimité de toutes ses composantes, dont les anciens [les zekenim], les grands-parents, sont le cœur. Il est difficile d’imaginer le Judaïsme sans cette fonction primordiale de l’Ancien. L’Homme est comparé à l’arbre dont les racines plongent dans le ciel. Les Anciens représentent ces racines, les parents le tronc, et les descendants la sève ou les fruits. D’où le grand respect dû aux grands-parents. Ils sont, par la pérennité des traditions, des valeurs, le fondement de la structure identitaire sans laquelle l’enfant ne pourra pas connaître son histoire, qui il est, d’où il vient. Pour la génération des 10-20 ans d’aujourd’hui les grands et arrière-grands-parents ont des trésors de mémoire, et surtout l’énorme responsabilité de transmettre la flamme du souvenir qui ne doit pas s’éteindre. Aux petits-enfants revient le devoir d’être à leur écoute, de retenir le maximum non pas seulement pour imiter mais pour faire briller la tradition transmise, mais aussi pour rapporter à l’actualité le pourquoi et le comment des événements du passé.
Aviva Azan
Décodage thérapeutique et coaching
À un certain niveau ne l’ont-ils pas toujours été ? Nos grands-parents, même si nous ne les avons pas connus, nous ont transmis leurs valeurs. Mais la transmission va au-delà d’un héritage de traditions, de croyances et d’un mode de pensée. Nous héritons tous de gènes biologiques qui s’expriment dans notre physiologie. Plus subtils, les gènes comportementaux se manifestent aussi. N’avez-vous jamais entendu des phrases du genre : « elle attache son foulard de la même manière que sa grand-mère dont elle n’a même pas vu une photo, il tient sa fourchette comme son grand-père qu’il n’a pourtant pas connu… ». Un autre héritage, plus discret en apparence, se transmet à notre insu : les traces de leurs épreuves, leurs secrets, leurs peines. Nos grands-parents nous lèguent aussi les empreintes de leurs joies, de leurs histoires d’amour, de leurs moments heureux… Quand nous comprenons que notre rôle est d’apprendre à utiliser ce patrimoine, nous développons alors notre potentiel, nous honorons nos ascendants et nous transmettons à nos descendants un merveilleux cadeau !
Claire Dana-Picard
Journaliste
Le rôle des grands-parents a certainement évolué chez nous par rapport aux générations précédentes même s’ils ont bien souvent, par le passé, servi de modèle à leurs descendants. Mais il est impossible de généraliser, chacun l’assumant à sa façon en fonction de son âge, de ses activités professionnelles (ou non) et de son ouverture d’esprit. Dans le contexte actuel de la société juive moderne, les grands-parents parviennent peut-être davantage à créer des liens avec leurs petits-enfants et à instaurer un dialogue et un échange intéressants, incitant parfois les jeunes à s’inspirer de leur expérience. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils doivent s’immiscer dans la vie de leurs enfants adultes et imposer leurs vues. Bien au contraire, tout en leur prodiguant amour et tendresse, ils doivent les laisser libres de leurs choix et peuvent, s’ils le demandent, les aider ou les éclairer de leurs conseils « avisés ». Toutefois, dans les situations de crise, ils doivent être présents, prêts à proposer leur soutien : c’est ainsi qu’on doit, à mon avis, concevoir le rôle des grands-parents.
Valérie Halfon
Conseillère en budget familial
Malheureusement, à cause de l’augmentation constante du coût de la vie, on a parfois l’impression en effet que les grands-parents sont devenus le support de toute la famille. Mais est-ce que les grands-parents sont sollicités pour de petits cadeaux de temps en temps ou alors sont-ils indispensables pour les dépenses qui concernent le logement, l’alimentation ou l’éducation ? Est ce que leur aide se chiffre en centaines ou en milliers de shekels ? Quand les enfants pourtant adultes font appel à leurs parents pour une aide financière, cela peut être parce que malheureusement ils n’ont pas le choix (salaire minimum, accidents de la vie…), et dans ce cas c’est tout à fait compréhensible. Mais cela peut aussi être parce qu’ils ont du mal à gérer leur budget. J’ai ainsi rencontré un père de famille qui à 50 ans continuait de recevoir des sommes importantes de ses parents. La raison ? Un train de vie que ne lui permettait pas son salaire, pourtant conséquent.
Esther Horgen
Conseillère conjugale
Il y a une quantité de services échangés entre les grands-parents et leurs enfants, via les petits-enfants. Nombreux sont ceux à pouvoir compter sur les parents au quotidien. Leur contribution est très profitable à la bonne marche de la jeune famille, mais sur le plan financier ? Six jeunes couples sur dix font mention d’une aide financière. Pour la première fois, la génération des aînés est souvent plus à l’aise matériellement que celle des enfants, l’Alyah contribuant au phénomène. Héritiers des années de prospérité économique, les grands-parents ont souvent les moyens d’aider. On assiste donc à un renversement des rôles. Autrefois, c’était la jeune génération qui veillait à ne pas laisser les aïeux dans le besoin. Aujourd’hui, c’est souvent le contraire. Est-ce idéal ? Non !!! La responsabilité économique appartient aux parents et non aux grands-parents. Nombreux sont ceux qui s’assument seuls. La dépendance pécuniaire engendre bien souvent des dépendances à d’autres niveaux psychologiques, qu’il faut enrayer. Les grands-parents doivent avant tout être un support psychologique et spirituel positif pour la jeune génération. Ils donnent souvent beaucoup d’amour, avec un supplément précieux de calme, d’écoute et de patience, dû à leur plus grande disponibilité et leur grande expérience. Débarrassés des responsabilités éducatives, ils jouissent du « beau rôle » : celui de cultiver la complicité, de partager les plaisirs et de donner l’exemple de leur sagesse.
Jean-Charles Zerbib
Directeur FSJU – Israël
Président des anciens EEIF en Israël
Bien entendu, il est impossible de généraliser mais pour diverses raisons effectivement, leur rôle devient fondamental dans beaucoup de familles. Les parents courent après le temps, le travail, l’argent… Papy et Mamy prennent le temps de s’occuper des petits-enfants ! Aux USA les plus gros acheteurs de livres pour enfants sont les grands-parents ! Il faut bien les occuper ! Sans compter les sorties dans les musées et autres lieux culturels. Les couples ont des tensions, des difficultés, voire des séparations. Papy et Mamy assurent une certaine stabilité familiale et la chaleur du foyer. Parce que la transmission n’a pas toujours été bien faite, et que les Smartphones ne peuvent pas toujours les apporter, Papy et Mamy enseignent les valeurs, les traditions, les connaissances. Parce que la vie est difficile et que pour ceux qui ont un travail, il n’est pas toujours facile d’y arriver, Papy et Mamy aident à « finir le mois » financièrement. Et avec l’allongement de la durée de vie, cela va devenir de plus en plus important et utile.