Nous sommes actuellement à la veille de la fête de Souccot. Dans quelques heures, nous déplacerons le centre de notre vie vers la Soucca. Durant les jours à venir, nous ne serons plus entourés par des murs stables et solides mais par des tentures de toile et de tissu ou des panneaux de bois peu épais. Nous ne serons plus protégés par un plafond solide mais par des branches et des feuilles à travers lesquelles transparaîtront le ciel et les étoiles étincelantes. Assis dans la Soucca, nous ne nous sentirons pas aussi à l’aise qu’à l’intérieur et éprouverons nettement moins le sentiment de sécurité que nous procure le dicton « ma maison est ma forteresse ».
À Souccot, nous sommes tenus de quitter notre domicile et de nous rendre dans la Soucca pour y manger et y boire, y étudier et même y dormir. Nous devons nous libérer temporairement de la sensation de confort à laquelle nous sommes habitués et éprouver un sentiment de temporalité et de non-permanence. Résider dans la Soucca constitue un moyen d’accroître notre foi. Demeurer dans la Soucca rompt l’habitude et la conception de « cela va de soi » et nous incite à réfléchir profondément. C’est précisément l’inverse qui se produit : le fait de se trouver dans la Soucca, exposés au monde extérieur, à la nature, nous déconnecte de l’emprise de la technologie, de l’ordinateur, du téléphone cellulaire et des médias, et nous permet de nous écarter de notre constante préoccupation de ce qui nous est extérieur, nous offrant ainsi la possibilité de nous rattacher enfin à notre intériorité. Seule une mince et légère démarcation nous sépare du monde extérieur, nous redevenons un individu isolé dans le vaste univers d’Hakadoch Baroukh Hou. « Que vaut ma vie dans cette formidable Création ? Comment puis-je avoir de l’influence ou susciter un quelconque changement ? » Néanmoins, c’est justement l’observation sincère et emplie de foi qui accentuera l’importance de tout un chacun dans la Création divine. Notre existence même et la vie que D. nous prête à chaque instant prouvent qu’Il tient à nous, à notre existence, et que notre présence dans ce monde a un but. En sachant cela, nous aiguiserons notre regard interne et agirons en vue d’adapter notre mode de vie à la volonté divine. Après nous être défaits des soucis du monde d’ici-bas par le jeûne et la prière de Yom Kippour, nous reprenons progressivement notre train-train quotidien. Nous déplaçons pour une semaine le centre de notre vie vers un logement temporaire. Et c’est justement à ce moment-là que nous sommes astreints à être emplis de joie pour toutes les bonnes choses que D. nous a octroyées et à apprécier l’abondance dans laquelle nous vivons, tout cela avant de nous replonger dans la routine et l’oubli.
Par le biais de la Soucca, l’homme apprend à connaître sa valeur et à se contenter de ce qu’il possède ; toutefois, il doit également se souvenir de ses frères proches et lointains et se soucier d’eux. Nous savons que chacune des quatre espèces symbolise une partie différente du peuple juif.
Rappelons les célèbres propos du Ari Hakadoch : les lettres du mot tsibour (communauté) constituent les initiales de Tsadikim (les justes), Beinonim (les moyens) ou-Rechaïm (et les impies). Tout public est composé d’un vaste éventail de personnes aux qualités différentes et aux modes de vie divers. À Souccot, nous les lions toutes ensemble et sommes heureux de prononcer une bénédiction sur elles devant l’Éternel. Nous montrons ainsi l’union et l’implication mutuelle qui doivent toujours résider au sein du peuple juif.
‘Hag saméa’h !
Rav Haïm Amsellem
Traduit par Arielle Kouchnir