Se lever… pour recommencer à Beréchit !!!

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Pourquoi le peuple juif reprend-il le cycle annuel de la lecture de la Torah justement au terme des fêtes de Tichri ? Existe-t-il un rapport entre Roch Hachana, le préambule de cette période, et la paracha de Beréchit qui nous accompagne dès que nous quittons la Soucca pour réintégrer la vie active ?

Chaque année, nous redémarrons le cycle annuel de la lecture de la Torah à Beréchit, ce mot ayant un double sens : la première paracha qui porte ce nom et à partir du point de départ (rèchit).

Quelle pensée ce point de rèchit suscite-t-il en nous ? Certes, notre question ne deviendra pertinente qu’une fois que nous connaîtrons la nature de ce point de départ ! Nous considérons habituellement le mot rèchit comme le synonyme de hat’hala. Mais pourquoi est-il si important de connaître le début de chaque chose, dans l’espace ou le temps ? Au-delà des données techniques nous dévoilant quand tel processus a commencé, le mot rèchit cache-t-il une dimension supplémentaire ?

Rèchit est dérivé du mot roch, tête. Roch ne désigne pas uniquement le membre situé entre les épaules. Il dissimule un sens bien plus profond ! Que veut dire la phrase suivante : « Je prévois (roé mèroch)… » ?

Cela signifie que par le mot roch, nous exprimons une présence au premier point d’un ensemble de choses qui sont toutes enfouies et présentes dans ce point, bien qu’elles n’aient pas encore été réalisées.

Recommencer au début signifie être conscient que ce que je fais au moment où j’agis appartient à l’intention ébauchée il y a tant et tant d’années, qui a tout planifié et attendu que moi, (oui, moi personnellement ou nous collectivement), je réalise ce qui était « simplement » enfoui jusqu’à présent. Nous quittons les fêtes de Tichri qui débutent à Roch Hachana, au rèchit de l’année. Chacun de nous bénéficie de l’occasion, par le biais du commandement de techouva et/ou des aveux (vidouy), d’entreprendre un examen de conscience personnel, incluant une vérification rétroactive (sache d’où tu viens…) qui se poursuit par la responsabilité et l’engagement par rapport à notre avenir personnel et collectif (… et où tu vas). Une auto-vérification de ce qui s’est produit pendant cette année, aussi minutieuse soit-elle, ne pourra être exhaustive, parfaite ni efficace si l’on ne tient pas compte de l’essentiel : l’avenir, le « où tu vas ». Le secret de la puissance du passé est camouflé dans sa capacité de se commuer en avenir et à l’avenir. En hébreu biblique, le passé se transforme en futur grâce au vav conversif (hahipoukh) qui est également le vav de liaison. Ceci nous apprend que la transition entre les échecs passés et les réparations futures dépend du renversement (mahapakh) reliant le passé à son futur (Rav Yehouda Ashkénazi).

Une fois les fêtes de Tichri révolues, nos Sages nous ont ordonné de les mettre en avant, en vue de nos actions quotidiennes immédiates. Relier l’autocritique de notre passé pour corriger ensuite nos actes via un renversement pratique imminent : placer le rèchit en tête de nos accomplissements matériels (chacun suivant son type d’occupation).

Rachi, dans son second commentaire sur le Livre de Beréchit, pose une question grammaticale simple : le mot Beréchit se trouve à l’état construit. Cet état, comme son nom l’indique, doit forcément être lié à un autre substantif. Or, cela ne semble pas être le cas : au début de quoi D. créa-t-Il le Ciel et la terre ? C’est pourquoi Rachi, suite au Midrach, écrit : « Ce texte demande vraiment à être éclairci » : il faut rechercher et l’expliquer, comme l’ont fait nos Sages. Réponse : « pour la Torah qui est appelée Rèchit… et pour Israël qui est appelé Rèchit… » Rachi renverse l’ordre usuel comme condition préalable à la compréhension du texte : la Torah ne raconte pas d’où nous provenons mais vers où nous nous dirigeons ; il ne s’agit pas d’inspecter le passé en vue d’un simple examen mais pour découvrir l’intention divine ultérieure de la Création, dont la finalité est la Torah et le peuple juif. Pour ainsi dire, le secret de la puissance du passé est camouflé dans sa capacité de se commuer en avenir et à l’avenir.

Mes meilleurs vœux pour une bonne année de renversement !

Le secret de la puissance du passé est camouflé dans sa capacité de se commuer en avenir et à l’avenir… Ceci nous apprend que la transition entre les échecs passés et les réparations futures dépend du renversement reliant le passé à son futur.

Rav Moshe Peretz

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