La faute de la tour de Babel n’est pas explicite dans le texte. Ce qui a permis à nos commentateurs de présenter un éventail particulièrement large d’opinions sur ce que la Torah reproche vraiment aux bâtisseurs de ce fameux gratte-ciel. Si l’on devait classer ces opinions de la plus conciliante à la plus sévère, nous placerions à un bout celle d’Abraham Ibn Ezra, et à l’autre celle de Rachi se référant aux midrashim de l’époque talmudique.
Pour Ibn Ezra, il n’y a tout simplement pas eu de faute. Il ne s’agit que d’un énorme malentendu qu’il convenait de dissiper. Dieu avait créé le monde pour que celui-ci soit habité sur toute son étendue. Or voici que l’humanité, unie et solidaire, animée probablement des meilleurs sentiments, avait choisi de ne former qu’un seul groupe, concentré en un seul lieu, à l’ombre de cette immense tour qui devait leur servir de phare, de point de reconnaissance et de symbole. Tout cela contrariait les plans divins qui prévoyaient au contraire, pour le bien être même de l’humanité, une répartition maximale des capacités humaines sur toute la surface de la terre. Il fallait donc saboter le projet centralisateur des humains en multipliant les langues, et insister ainsi sur les différences culturelles en mettant en évidence le génie particulier de chaque groupe. Les hommes, ne se comprenant plus, abandonnèrent le projet et se dispersèrent. Dans l’idée d’Ibn Ezra, la « faute » devient une simple erreur d’appréciation et la « punition » n’est plus qu’une remise de sur les bons rails de l’Histoire d’une humanité en instant égarée.
Pour Rachi au contraire, l’heure est grave. Les humains, assoiffés de puissance ou craignant un nouveau déluge, qui serait dû à la colère ou au caprice d’un Dieu autant irascible que dangereux, décident de prendre les devants. Cette tour qui « atteindra les cieux » servira de base de lancement de missiles sophistiqués « sol-air » qui bientôt ne manqueront pas de réduire la menace divine au silence ! À moins qu’il ne s’agisse que d’un premier pilier d’une immense construction qui mettra définitivement l’Homme à l’abri des velléités diluviennes du Créateur !
On pense habituellement que la thèse d’Ibn Ezra est plus proche du « pchat », du sens obvie, bref plus en prise avec la réalité que celle de nos sages et de Rachi dont le coté éducatif n’échappe à personne mais qui paraît peu réaliste. Car, comme le dit Ibn Ezra lui-même : « les hommes étaient-ils à ce point stupides pour penser pouvoir ainsi atteindre puis contrer la puissance divine ? N’est-il pas clair au contraire que l’expression « une tour qui atteindra les cieux » est à prendre au sens figuré, comme dans l’expression « des villes fortifiées jusqu’au ciel » utilisée par Moïse en parlant des cités de Canaan ?
Mais voici que l’archéologie modifie notre regard sur les deux thèses citées : la plus réaliste des deux ne serait pas celle que l’on croyait. En effet, on sait aujourd’hui qu’à Babylone s’élevait un temple somptueux consacré au dieu Mardouk. Or ce sanctuaire s’appelait « Esagil » qui signifie : « le temple au pinacle surélevé » car en son cœur s’élevait une tour immense dont on a retrouvé les vestiges. C’est en haut de la Tour que les prêtres, après avoir gravi les innombrables marches, étaient sensés rencontrer la divinité. L’expression « dont la tête toucherait les cieux » de notre paracha doit donc bien être prise au sens propre : c’est en effet dans l’espoir de toucher le Ciel que la Tour fut construite, comme le démontrent les croyances mythologiques des babyloniens qui nous sont aujourd’hui connues.
Ibn Ezra était tellement éloigné de cette culture et de cette mythologie qu’il ne pouvait concevoir que des hommes puissent sérieusement envisager se rapprocher de Dieu pour l’adorer ou pour le combattre en escaladant de gigantesques tours ! Il savait, comme tout Juif pétri de Torah, que s’il existait un endroit au monde où la présence divine est plus sensible qu’ailleurs, ce n’est pas au sommet des plus hautes montagnes qu’il faut la chercher, mais entre la Méditerranée et le Jourdain, dans ce pays sur lequel « l’Éternel a les yeux fixés d’un bout à l’autre de l’année ». Huit siècles après Ibn Ezra, c’est cette même conviction qui pousse tant de nos frères à nous rejoindre en Erets Israel. C’est ainsi que cette semaine Hemdat Hadarom vient d’accueillir sa 18ème promotion à qui nous souhaitons beaucoup de Hatslaha pour cette nouvelle année !
Beroukhot habaot donc à Dvora, Jessica, Ilana, Lea B, Ethel, Alison, Rebecca B, Ariella, Rebecca C, Jennifer, Rachel, Hadassa, Charlene, Tsipora, Oria, Morane, Sarah K, Orit, Judith, Cynthia, Bitya, Rebecca L, Rebecca M, Chireel, Anael, Axelle, Deborah, Eva , Sarah S, Kelly, Rebecca S, Carla, Berouria, Rebecca T, Lea W, Abigael et Levana !
Rav Elie Kling
Bonjour,
j’aimerais juste connaître le nom de la peinture que vous joigniez à cette réflexion sur la tour de Babel. Je ne le trouve nulle part! Merci d’avance pour la réponse.
Jacques