Pierre Besnainou porte de multiples casquettes communautaires : Président du FSJU et de l’AUJF, président de la fondation du Judaïsme français. Il a aussi été Président du Congrès juif européen. Il a parallèlement présidé la commission israélienne de lutte contre l’antisémitisme et la délégitimation d’Israël, et a été mandaté par Ehoud Olmert pour un groupe de réflexion sur les relations entre Israël et la Diaspora.
Personnage communautaire incontournable donc, il analyse pour nous l’état de la France actuelle et de ses relations avec les Juifs.
Le P’tit Hebdo : Quels rapports entretenez-vous avec les autorités françaises ?
Pierre Besnainou : Le FSJU est l’organisation centrale de la communauté juive en France pour tout ce qui ne touche pas à la religion au sens strict du terme. Cela se traduit sur le plan des relations avec les autorités françaises par notre statut de partenaire exclusif pour tous les accords entre le gouvernement et la communauté, notamment sur le plan sécuritaire. Le premier accord a été signé en 2007 alors que Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur et il est reconduit chaque année.
Lph : Que renferme cet accord avec le gouvernement ?
P.B. : Il règle toute la logistique de l’équipement sécuritaire des lieux juifs (écoles, synagogues, centres communautaires). De très importantes sommes d’argent sont mobilisées par l’État pour garantir cette sécurité.
Lph : Comment voyez-vous l’avenir de la France ?
P.B. : La France, les Français ont de quoi s’inquiéter face à la montée d’un Islam radical orchestré par des cellules terroristes organisées. La menace va au-delà de l’antisémitisme ; la menace terroriste existe à toutes les échelles. La communauté juive est, on le constate, la première visée mais les terroristes ont certainement des ambitions bien plus larges.
Lph : Jugez-vous suffisante l’action des pouvoirs publics français ?
P.B. : Elle témoigne d’une véritable prise de conscience. Je crois dans leur volonté. Mais, quelles sont les capacités réelles de ce pouvoir face à la menace islamiste ? Je ne suis pas convaincu qu’il dispose de tous les moyens nécessaires.
Lph : Pourquoi certains sujets, comme la peur de l’Islam ou le racisme anti-blanc, sont-ils tabous en France ?
P.B. : Je pense que le malaise qui traverse la France en ce moment n’est pas uniquement lié à la montée de l’Islamisme. Il s’agit d’une véritable crise identitaire qui entraîne la stigmatisation systématique et pas toujours de raison de certaines populations. Prenez les assassins d’Ilan Halimi (z »l), ils n’étaient pas maghrébins. Jérémie Louis-Sidney, était lui Français converti à l’Islam. Nous devons faire attention à ne pas tomber dans un discours primaire d’extrême-droite.
Lph : Cette prise de conscience du danger des »fous d’Allah » entraînera-t-elle une modification dans la vision du combat que mène Israël pour sa survie ?
P.B. : Je ne fais aucun lien entre les deux questions. Ce n’est pas parce que la France combat ses Islamistes qu’elle soutiendra ou comprendra Israël lorsqu’il bombardera Gaza pour se défendre.
D’autre part, le conflit israélo-palestinien n’a rien à voir dans le terrorisme qui sévit sur le territoire français : ce n’est qu’un faux prétexte. Mohamed Merah a d’abord tué trois militaires dont deux Musulmans. La France est en danger, la communauté juive est en première ligne. Mais tout cela ne changera pas le point de vue global sur Israël.