La responsabilité face à la corruption

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Dès la fin des merveilles de la création du monde telles que décrites dans la paracha de Beréchit, survient la tragique dégradation de l’humanité qui dégénère en abjection morale.

À la fin de la paracha de Beréchit, l’attitude de D. vis-à-vis de l’homme se métamorphose. Le Créateur examine ces actes et regrette d’avoir créé l’homme, il décide de l’effacer de la surface de la terre. Au début de la paracha de Noa’h, la racine ש.ח.ת. se répète à plusieurs reprises. Elle indique à la fois le péché : « la terre s’était corrompue devant D…. D. considéra que la terre était corrompue, toute créature ayant perverti sa voie sur la terre. » Et le châtiment : « et Je vais les détruire avec la terre… pour détruire toute chair… » Hakadoch Baroukh Hou applique la loi du Talion, c’est-à-dire que face à l’immoralité de l’Homme, Il détruit le monde et la société humaine qu’Il a créés. Le verbe lehachhit signifie abîmer, détruire. Les actes de la génération du déluge ruinèrent la société humaine et la firent chuter jusqu’à un point où elle ne pouvait même plus subsister.

En anglais et en français, le terme « corruption » est dérivé du latin corruptio qui signifie « morcellement ». L’existence de la dépravation dans la société fait tout éclater. Elle brise le tissu social et la responsabilité mutuelle, nuit à la confiance régnant entre les autorités et les citoyens, détruit toute possibilité de mener une vie saine et normale entre voisins, de même qu’au sein de la communauté et de la famille.

L’immoralité de la génération du déluge a fait éclater le degré moral de l’homme et l’a rabaissé à un niveau bestial. Pour réparer cette terrible fracture, il a fallu tout secouer et briser la société humaine qui commençait tout juste à se développer. L’immense quantité d’eau qui engloutit le monde ébranla l’ensemble de l’ordre physique et matériel. Hommes et animaux, maisons et objets, furent inondés dans les eaux diluviennes et se répandirent de toutes parts. La société humaine, qui ne sut pas rester entière, unie, liée, se désagrégea et périt. En vue d’établir une nouvelle société, D. ordonna à la famille de Noa’h, qui n’avait pas été atteinte par la corruption, de séjourner dans l’arche durant le déluge et de tout y faire recommencer à zéro. Alors que les eaux diluviennes submergeaient la terre et que l’humanité se décomposait et se fragmentait, Noa’h et sa famille se tenaient réunis dans l’arche. Ils établirent avec les animaux une mini société, petite et homogène, ce qui ne fit sans doute que renforcer et enraciner en eux leur foi en la Providence divine. Cette famille continua à réaliser cette épreuve intense dans sa vie postdiluvienne. Ses membres fondèrent une société nouvelle, morale et idéologique sur la terre sèche et meurtrie.

Pour symboliser le caractère unique du déluge, D. montre à Noa’h l’arc-en-ciel. Composé de tons divers, il traduit l’unité que l’on attend de la société humaine ; la forme de l’arc-en-ciel, partant de la terre, montant vers le ciel et redescendant sur le sol, nous enseigne que nos sollicitations du Ciel, ainsi que les bienfaits que Celui-ci nous envoie, dépendent de notre union et de notre sens de la responsabilité mutuelle. Et c’est justement maintenant, au seuil de l’hiver, alors que les gens ont tendance à s’enfermer chez eux avec leur famille, que nous avons le devoir d’être attentifs et de prêter l’oreille à notre entourage proche et plus éloigné et de prendre soin de venir en aide à quiconque a besoin de notre secours matériel et spirituel.

Rav Haïm  Amsellem

Traduit par Arielle Kouchnir

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