Par Gerard Fredj
La bataille diplomatique qui se joue en ce moment à l’Unesco autour d’une résolution jordanienne visant à faire condamner Israël pour ses activités sur le Mont du Temple a tourné mercredi au coup de théatre.
La résolution jordanienne est née d’un différent profond entre Israël et le royaume Hachémite concernant le futur pont dit des Magrébins, qui mène du Kotel (mur occidental du Temple) vers le mont du Temple sur lequel ont été construites le Dôme du rocher et la mosquée Al-Aksa, aux environs des années 691-692.
Ce pont, emprunté par des milliers de touristes a été déclaré vétuste et dangereux par les ingénieurs de la mairie de Jérusalem (voir notre article du 1.11.2011).
Depuis qu’il est condamné, les tractations s’éternisent entre israéliens et jordaniens au sujet de sa rénovation; les jordaniens ont, à plusieurs reprises, proches d’un accord, refusé finalement de conclure. Ils ont fini par interrompre les négociations, accusant Israël de ne pas respecter ses engagements.
Lors d’une réunion tenue ce mercredi à Paris au siège de l’Unesco, l’ambassadrice de Russie a proposé une résolution de compromis qui maintiendrait le statu quo actuel et repousserait le vote sur la résolution jordanienne – comme sur celles proposées par les palestiniens et les syriens (!) – de six mois.
Selon un diplomate israélien, la proposition russe se traduirait par un renvoi de toutes les résolutions concernant Israël au prochain sommet de Paris en avril 2013; l’Unesco pourrait cependant décider d’envoyer des experts examiner la situation à Jérusalem et en Cisjordanie.
Les autres résolutions soumises au vote concernaient…. Les hauteurs du Golan, Jérusalem est…bien entendu rien sur la Syrie, rien sur la destruction du patrimoine culturel par Al Qaeda au Mali…Les textes proposaient également l’envoi d’un émissaire spécial de l’Unesco pour « surveiller l’action d’Israël à Jérusalem ».
La résolution jordanienne comprend notamment une condamnation violente d’Israël pour « autoriser les juifs à aller prier sur le Mont du Temple » et sur la question du pont des Maghrébins.
Elle accuse également l’état hébreu d’essayer de « changer le caractère de Jérusalem – sous entendu « judaïser la ville selon la terminologie du monde arabe – et de mener des fouilles archéologiques sans coordination avec la Jordanie ».
Au cours des vingt-quatre dernières heures, Nimrod Barkan, l’ambassadeur israélien a mené d’intenses consultations notamment avec les délégations européennes, produisant notamment un article paru dans Haaretz dans lequel des organisations israéliennes attaquaient le gouvernement qui « fermait l’accès du Mont du Temple »
.
Lors d’une rencontre avec la représentante de la Fédération de russie, Barkan aurait fait part de sa colère que chaque assemblée de l’Unesco soit polarisée autour Israël, traduisant la politisation de cette organisation au détriment de ses missions originelles (la culture, l’éducation, la science).
L’initiative russe a surpris tous les représentants arabes à l’Unesco car elle s’est faite sans concertation.
Ce mercredi, 28 pays ont, lors du vote soutenu l’initiative russe, 23 s’y sont opposés. Parmi les opposants figurent la France, le seul pays de l’Union européenne à avoir voté contre la résolution russe, aux côtés des pays arabes et de représentants africains.
Selon Barkan, « de nombreux pays ont compris que cette initiative sauvait l’Unesco d’une dangereuse dérive de politisation et trouvé exagérées les résolutions anti israéliennes a répétition », ajoutant « même le Brésil…. »
Concernant l’envoi d’une délégation, Barkan rappelle qu’Israël n’est pas obligé d’accepter : « nous n’avons pas d’objection de principe mais nous ne voulons plus d’un comité biaisé comme la commission Goldstone » – commission d’enquête sur l’opération Plomb durci qui a vivement condamné Israël et dont le responsable, le juge sud Africain Goldstone, qui a remis lui-même en cause l’impartialité de son rapport l’année dernière.
Alors que se déroulaient ces tractations à Paris, le nouvel ambassadeur Jordanien en Israël, Walid Obeidat, présentait ses lettres de créances au Président Shimon Peres à Jérusalem.