Après la bénédiction

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Deux faits sont rapportés au début de notre paracha : la révélation de D.ieu à Avraham à la suite de la circoncision qu’il vient d’effectuer sur sa personne et la visite de trois voyageurs de passage pour lesquels le patriarche va accomplir la mitzva de l’hospitalité. Pour donner un sens à la simultanéité de ces deux évènements, Rachi nous apprend que l’accueil d’invités est plus grand que la réception de la Présence divine. Mais au-delà de cette « coïncidence », pourquoi ces deux faits sont-ils rapportés en même temps ?

On évoque toujours le « comment » de la bénédiction divine ou les conditions spirituelles qui permettent la bénédiction mais qu’en est-il de « l’après bénédiction » ? De quelle manière devons-nous réagir après avoir été gratifiés de la bonté du Créateur ? C’est à cette question que vient nous répondre le début de la paracha. Le texte nous rapporte que trois jours après sa circoncision Avraham fut gratifié d’une révélation divine : « D.ieu se révéla à lui dans les plaines de Mamré alors qu’il se trouvait à l’entrée de sa tente, en pleine chaleur du jour ». Mais dans le même temps, trois voyageurs se profilent à l’horizon et sans hésiter, Avraham court à leur rencontre délaissant la Présence divine.

POUSSIÈRE ET CENDRE

Lorsqu’un homme ressent les bienfaits du flux divin, deux attitudes sont possibles. Il peut s’estimer méritant et va penser qu’il a droit à plus :  »celui qui a 100 veut 200 », affirme le dicton talmudique. La bénédiction va grandir son orgueil et lui faire croire que plus rien ne lui est impossible. Il s’est alors frayé un passage dans le domaine du Mal. A l’inverse de cette attitude, on trouve Avraham qui, dès qu’il reçoit, se sent indigne des faveurs divines et plus il bénéficie des largesses divines, plus, il se sent petit. Quand il plaidera la cause des villes de Sedom et Amora (Gomorrhe) devant D.ieu, il proclamera « Je ne suis que poussière et cendre ». C’est dans cet esprit que l’on peut comprendre la lecture allusive du premier verset que nous proposent nos Maîtres : au lieu de dire « D.ieu se révéla à lui dans les plaines de Mamré alors qu’il se trouvait à l’entrée de sa tente… », ils nous donnent une autre lecture : « L’idée se révéla à Avraham que D.ieu était chez Mamré (et non chez lui) alors que lui (Avraham) n’était qu’à l’entrée du judaïsme (la tente), n’ayant pas encore pénétré l’esprit véritable de la Tradition ».

Plus l’homme ressent la Présence divine, plus il devient conscient de sa petitesse. La même idée peut se comprendre dans le domaine de l’étude : plus il étudie la Thora , moins il reste de place pour son égo, pour son moi.

S’EFFACER DEVANT L’AUTRE

Ceci nous permettra de répondre à une question fréquente à propos de la réaction d’Avraham. Nous savons, depuis le patriarche, que l’accueil d’invités est plus important que la réception de la présence divine mais Avraham, lui, d’où le savait-il ? Tout peut se comprendre en s’inspirant de ce que nous écrivions plus haut : arrivé au sommet de l’humilité, sa personnalité s’efface, sans aucune difficulté, devant autrui : l’autre compte plus que lui !

Au point même de sacrifier son élévation spirituelle (la révélation de la Présence divine) pour satisfaire la faim, la soif et le repos de simples visiteurs de passage.

RAV YAACOV SPITEZKI

054 23 99 791

chorachim@yahoo.com

CHORACHIM

Le centre pour les étudiants francophone

Université Hébraïque de Jérusalem

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